Samedi 16 décembre 2006
SEVERITE DE L'ANOREXIE EN FONCTION DE L'IMC

IMC = Poids / Taille en m2 (concerne les femmes)

Ex : 37 / (1,652) = 13,6 HOSPITALISATION CONTRAINTE

IMC

Niveaux de danger

Significations

23

ZONE DE POIDS MOYEN NORMAL

En dessous de 19, on trouve encore beaucoup de personnes dont la corpulence est normale : elles sont naturellement minces ou maigres

21

19

17,5

CRITERE DIAGNOSTIC DE L'ANOREXIE

Limite d'une maigreur pathologique (mais à ne pas prendre au pied de la lettre, car c'est une référence qui permet éventuellement de penser à une anorexie)

16

SOINS NECESSAIRES

Approximative aussi mais doit faire agir. Il vaut mieux engager une démarche de soins rapidement. Possibilité d'une guérison autonome et non en hôpital

15

HOSPITALISATION

L'hospitalisation est sûrement la seule mesure raisonnable. La personne a peu de maîtrise sur la maladie. Les efforts pour reprendre une alimentation normale et les dangers qu'elle encoure nécessitent un environnement spécialisé.

14

HOSPITALISATION CONTRAINTE

En principe, hospitalisation imposée. Mesure de soins rapide en milieu hospitalier. Le médecin pourrait être responsable de non assistance à personne en danger. Tout accident impliquerait sa responsabilité ainsi que celle de l'entourage.

13

REANIMATION SOUVENT UTILE

Malaises et signes de souffrance physique extrême. Dans cette zone, l'hospitalisation se fait par les urgences ou la réanimation

12

ZONE DE DECES POSSIBLE

Etat de maigreur extrême. L'équilibre de l'organisme atteint ses limites et les accidents sont fréquents. La mort peut survenir à tout moment, alors même que la personne semble supporter cet état depuis longtemps ou qu'elle ne se sent pas plus épuisée.

Attention : l'IMC est seulement une valeur statistique juste mais d'autres facteurs interviennent :

la corpulence et celle des autres membres de la famille. Maigreur ne veut pas dire anorexie.

Par exemple, une jeune fille maigre n'est pas forcément anorexique, mais elle a peut-être hérité

de la morphologie de ses parents, grands-parents…

 

 

 

 

 

 

 

 

"L'IMC ci-dessus correspond à celui que j'ai eu au plus bas de la maladie. C'est un bon moyen de savoir dans quelle phase on se situe. Je m'en sers comme référence, puisque je ne me vois pas telle que je suis. Enorme alors que je suis trop mince, voire maigre pour certains."

Par Delphine - Publié dans : Indice de masse corporelle
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Samedi 16 décembre 2006

ANNEE 2004 (AVRIL)

 

 

 

Hi hi !! Coucou c'est moi à 9 ans. Je me bats pour retrouver ce visage d'ange. Libre et heureuse, apaisée et insouciante. Je ne retrouverai pas cet âge là, mais j'ai espoir qu'un jour, je pourrai vivre en harmonie avec mon corps et ma tête

 

 

 

 

Entre doutes et espoir : premières conclusions

 

Vivre, simplement vivre ! Je rêve d’être libre, d’être bien dans ma tête et dans mon corps. J’en garde l’espoir et pourtant tout çà me semble encore inaccessible et, inévitablement, j’en arrive au découragement, parce que je sais au fond de moi que ma volonté d’y parvenir est loin de suffire. Quelque chose en vient à bout. La force de tels troubles est telle que le dicton « quand on veut, on peut » ne fonctionne pas vraiment à ce niveau-là. Quand je veux manger ou plutôt que j’arrive à me convaincre qu’il faut le faire, je peux le faire. C’est vrai que la volonté joue à ce moment-là, mais il ne faut pas oublier que derrière tout trouble du comportement alimentaire, se cache quelque chose de plus compliqué et c’est là que vouloir n’est plus pouvoir. Des choses plus complexes viennent se mettre entre moi et ma volonté de m’en sortir. J’ai entendu une fois un médecin dire à des parents que le fait de ne pas manger était un symptôme, que la maladie en elle-même était la façon dont se percevait leur fille dans la vie. Pour se soigner, il est nécessaire de reconstruire une partie de son identité, réparer ce qui a été cassé.

 

Je ne sais pas où me mèneront mes efforts, mais j’essaie de  vaincre cette foutue maladie, pour faire au moins en sorte de mener une vie qui se rapproche de celle des jeunes de mon âge. Je me dis que tout le monde a ses problèmes. Ses propres souffrances intérieures et parfois j’arrive un peu à relativiser. J’ai au moins une famille qui me soutient, même s’il y’a eu des moments difficiles, elle m’aime et fait tout pour que je me sente mieux. D’autres n’ont pas cette chance. Je sais que, sans mes parents, mon frère et sa copine, je ne serais plus de ce monde. A chaque fois que je baisse les bras, je pense à eux. Ils continuent à être ma force. Ils continuent à rester plus forts que la maladie, les seuls qui sont capables de faire en sorte que la maladie s’éloigne de moi, car quand je pense à la mort, je me dis que, pour eux, je n’ai pas le droit d’arrêter le combat et de les abandonner.

 

On me dit qu’on m’apprécie, qu’on m’aime, que j’ai des qualités. Parfois, j’arrive alors à me convaincre que je ne suis pas aussi nulle que çà et que je suis tout de même capable de répandre un tout petit peu de bonheur autour de moi. Cette pensée traverse mon cerveau comme un éclair et je n’ai pas le temps de l’imprimer totalement dans ma tête. Et pour moi c’est dramatique, parce que je me rends compte que je ne sais pas qui je suis vraiment, ce que je vaux vraiment aux yeux des autres, je doute toujours de ce qu’on me dit de positif, contrairement au négatif dont mon cerveau s’imprègne immédiatement.

 

Ma sensibilité est devenue si forte que souvent j’ai l’impression d’être une éponge qui absorbe tout ce qui passe. Positif, négatif, je ramasse tout en passant même quand je ne suis pas concernée directement. Tout me touche, ce qui n’était plus le cas à un certain moment. J’étais tellement insensible à ce qui se passait autour de moi, que j’en ai eu peur, parce qu’il me semblait que je n’étais plus capable d’aimer. Moins j’étais capable de ressentir les émotions et les sentiments, plus je me sentais mal, me donnant l’impression de quelqu’un de froid, distant et insensible, alors que mon vrai caractère était autrement avant que j’aie ce problème. Hermétique à tout et tous. A ma souffrance et à celle des autres.

 

J’analyse chaque parole, chaque geste, quelque chose de mal dit peut se transformer en cataclysme. Un mécanisme terrible se met alors en marche dans ma tête et je dérive : sentiment de nullité, manque de confiance en moi, manque de respect et d’estime vis-à-vis de moi et de mon corps, rejet complet de ce que je suis, je ne suis rien d’ailleurs et n’ai aucune valeur. Et comment faire pour arrêter ce système de merde qui me fait souffrir ?? Je n’en sais toujours rien et c’est dramatique pour moi.

 

Le matin et le soir, je regarde la balance en me convaincant de ne pas monter dessus pour ne pas retomber dans le piège. Je lutte pour me persuader qu’il y’a autre chose à faire que de regarder deux chiffres s’afficher. Malgré tout, je reste obsédée par mon poids, par la maîtrise que j’ai sur mon corps, ma vie. J’essaie de me peser tous les deux ou trois jours, alors qu’en plein cœur de la maladie, je le faisais une douzaine de fois par jour. Certains jours, j’ai besoin de savoir si j’ai pris ou perdu du poids. Comme si c’était vital. Je cours presque dans la salle de bain et monte angoissée sur la balance. Aller contre l’anorexie, contre cette chose tenace dans ma tête qui me fait croire que manger est mauvais et que je suis énorme. Effacer ce que Miss anorexie me dit, faire la sourde oreille ou lui hurler intérieurement de se taire. C’est le plus difficile, parce qu’elle s’est installée dans ma tête comme si elle était chez elle et il faut toujours la convaincre d’en déménager ! Combat fatigant, lassant, acharné… Elle est si forte, que j’ai l’impression de ne pas faire le poids, c’est le cas de le dire, à côté d’elle. Souvent, dans les moments où elle est très présente, je me dis que d’une façon ou d’une autre, elle finira par m’avoir, alors à quoi bon lutter et y perdre mes forces ? Parfois, je suis tellement fatiguée de la combattre que j’ai envie de lui laisser toute la place. De stopper mes efforts pour manger et d’attendre les conséquences sans plus rien faire, en restant dans mon coin, seule et dépérir. Mais je n’en ai pas le droit. Alors, je travaille dès que j’en ai la possibilité, je fais des activités d’où je ressors frustrée, parce que je sens au fond de moi que je me force à les faire comme pour me maintenir en vie, malgré ce problème et je n’en retire aucun bienfait. Je survis, je ne vis pas encore.

 

Mes obsessions alimentaires me poursuivent, même si je « m’autorise » à manger plus et surtout ce que j’aime. Si je ne profite pas des aliments qui me donne envie, il ne me reste que cette contrainte que les autres appellent plaisir : manger.

 

Je n’ai pas confiance en moi et continue à penser que sans moi, tout irait mieux. Il n’y a pas de place pour moi ici. Comme dit la chanson « Le monde est stone » : j’ai la tête qui éclate, je voudrais seulement dormir, m’étendre sur l’asphalte et me laisser mourir – ne venez pas me secourir, venez plutôt m’abattre. Voici le contenu de mon cerveau.

 

Ma vie est en pointillés. Les petits moments de répit et de calme s’alternent avec les moments où quelque chose dans ma tête dérape, durant les périodes de crise où je pourrais me donner des coups à en crever. Ceux pendant lesquels il y a, soit restriction, soit gavage. Les périodes où je me sens mal. Seule, contre ces vieux démons, qui viennent me rappeler des souvenirs douloureux. Puis, les phases où je réalise que je joue avec ma vie.

 

Je ne m’autorise pas à vivre, ne suis pas épanouie, n’arrive toujours pas à aimer ce corps que je traîne comme un boulet. J’en ai tellement honte. Il est tellement douloureux, que certains jours, je frôle les murs pour qu’on ne voit pas ce corps qui est en trop. Pour qu’on ne me voit pas, moi, Delphine.

 

Que m’attend t-il ? Quel est mon avenir ? Que faire de plus pour me sortir des griffes de cette saloperie ? J’ai peur et souvent je ne crois plus en ma guérison. Tout ce qui se passe est tellement en dehors de ma volonté, au delà de ma conscience que j’ai peur que tout çà m’emporte un jour de nouveau vers le fond. Que cache l’inconscient, la face cachée de mes troubles, la véritable signification de ma maladie ? Je n’ai que des morceaux de ma vie susceptibles de m’avoir fait souffrir, mais y’a t-il autre chose derrière ? Je ne vois que d’un côté du miroir, mais que se cache t-il derrière ? Comme si j’étais spectatrice d’une pièce de théâtre. Je vois la scène, mais suis incapable de passer derrière le rideau. Pourtant, c’est là, qu’est la clé de la guérison. Dans l’inconscient, qui est hors d’atteinte chez moi, pour l’instant.

 

Je sais que la thérapie ne me fera sûrement jamais découvrir la raison qui m’a fait croire un jour, que je devais me priver de la vie et du droit de vivre sereinement. Le droit d’être bien. D’où me vient l’idée que si je n’existais pas, tout serait mieux ? Je me dis que l’anorexie et la boulimie n’ont pas de cause bien précise et unique, mais plutôt un ensemble de choses qui font qu’à un moment donné, on n’arrive plus à gérer notre vie et qu’inconsciemment il faut trouver autre chose qui donne l’impression erronée qu’on a encore un contrôle sur notre vie.

 

Il faut reconstruire les fondations, les bases de la vie. De MA vie.

 

Par Delphine - Publié dans : Souvenirs d'anorexie (1996 - 2004)
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Samedi 16 décembre 2006

 

 ANNEE 2003

  

 

"Dans mon combat, contrairement à beaucoup d'autres, j'ai eu de la chance d'être entourée. Je me suis battue pour qu'on m'accepte avec la maladie, pour qu'on ne me juge pas. C'est aussi de belles rencontres, celles qui permettent de redescendre sur terre parce qu'elles sont belles humainement"

 

 En octobre 2002, je commence à travailler dans une Maison d'Accueil Spécialisée (M.A.S). Un établissement qui accueille des personnes handicapées mentales, d'une richesse incroyable malgré leurs handicaps lourds.

Ma principale angoisse pour l’entretien d’embauche était de ne pas pouvoir cacher que je n’allais pas très bien. Au centre de psychothérapie, ils ne me sentaient pas encore assez solide pour recommencer à travailler. Moi je savais que çà m’aiderait, j’avais besoin de me sentir utile. Donc, je suis arrivée ce jour-là, tourmentée encore par tout ce que j’avais dans la tête, avec cette tristesse au fond des yeux dont je n’arrivais pas à me débarrasser et que la chef de service avait remarquée malgré les efforts que je faisais pour être souriante et pleine de vie. Pour leur donner envie de m’embaucher, mais je n’ai pas été convaincante. Je doutais tellement de moi et de mes capacités que j’avais peur de ne pas être à la hauteur pour le travail en lui-même et surtout avec les résidents. La chef de service m’a fait visité la M.A .S, puis une unité de vie, l’unité Saphir. J’avais peur de ce que j’allais trouver derrière la porte, j’imaginais voir des personnes dans un coin, tristes. Pendant qu’elle m’expliquait certaines choses, l’espace de quelques secondes, j’ai eu peur de ne pas être capable d’affronter la vie avec des personnes handicapées. J’ai eu peur d’avoir un comportement négatif. Puis la porte s’est ouverte et j’ai eu l’impression de me retrouver dans un autre monde, une unité pleine de vie en fait où aucun des résidents n’étaient dans son coin. Des pièces remplies de petits bijoux, attachants, affectueux. Certains riaient, d’autres marmonnaient des choses que je ne comprenais pas. J’ai ressenti une sorte d’apaisement de me retrouver là, malgré cette appréhension que je ressentais toujours. Je savais que si on me donnait l’occasion de travailler dans cet établissement, çà m’aiderait. En repartant, j’avais les larmes aux yeux, comme si je quittais à regret la M.A .S sans pouvoir jamais y revenir, parce que j’ai pensé qu’en ayant été aussi nulle, la place serait donnée à quelqu’un d’autre. J’ai l’impression qu’on ne ressort jamais intact de la M.A .S, qu’on ne repart pas comme on est venu. En l’espace d’une heure que je venais de passer dans l’établissement, j’avais reçu déjà beaucoup de choses sur le plan humain. Leurs sourires, leurs gestes, leurs attitudes… m’ont poursuivis jusqu’à chez moi.

 

 

 

Au cours de l’entretien, le directeur m’a demandé pourquoi il n’y avait pas de couleurs dans mon CV. Surprise par sa question, je ne sais plus ce que j’ai répondu, mais je me rappelle avoir ajouté que çà n’avait rien à voir avec mon caractère, ma façon d’être et qu’en quelque sorte, je voyais la vie en couleurs (ce qui était loin d’être le cas). J’ai menti pour que lui comme la chef de service voient que tout allait bien, car je voulais qu’ils me donnent une chance de faire un bout de chemin avec eux. En réalité, dans ma tête il n’y avait que du noir. Avant le rendez-vous, je savais aussi que s’ils me demandaient ce que j’avais fait pendant le trou de neuf mois que j’ai sur mon CV, je mentirais, j’étais prête à raconter n’importe quoi. Je voulais être embauchée, malgré mon problème, n’acceptant pas que leur décision puisse être négative à cause de lui.

 

 

 

Deux jours après, j’ai eu un appel du directeur : j’étais embauchée pour trois mois. Au centre de psychothérapie, l’infirmière qui me connaissait le mieux a été aussi contente que moi, de ce point positif. Elle m’a encouragée, donné des conseils, remonté le moral. On a regardé ensemble le traitement qui me conviendrait le mieux dorénavant : je verrais le psychiatre tous les deux mois et la psychologue une fois par semaine, le vendredi, puisque je ne travaillais pas l’après-midi. Elle m’a rassuré en me disant que si j’avais un quelconque problème, je pouvais venir au centre, pour parler avec une infirmière.

 

 

 

Une semaine après, j’ai commencé. J’avais peur de ne pas savoir quelle attitude avoir avec les résidents. La première résidente que j’aie vue était Marie-Jo. Toute pimpante, elle était légèrement maquillée, bien coiffée, elle s’est approchée de moi et a voulu m’embrasser, Christiane m’a dit de faire attention parce que Marie-Jo a la manie de tirer l’oreille en même temps qu’elle embrasse. Trop tard. Elle m’a à moitié arraché la tête ! Je me souviens qu’en ne comprenant pas ce qu’elle me disait, j’avais peur qu’elle pense que je ne m’intéressais pas à elle et que je l’ignorais. Je ne savais pas quoi lui dire, je ne savais pas si elle me comprenait, mais cette crainte s’est dissipée, lorsque je me suis rendue compte que Marie-Jo était bavarde et trouvait elle-même les sujets de conversation. Après j’ai fait la connaissance de Hocine, puis celle des autres résidents. Je n’ai jamais reçu autant de marques affectueuses, aussi touchantes de qui que se soit d’autre. Rapidement, ils m’ont mis en confiance et donné l’impression d’exister, de vivre. Eux ne semblaient pas voir mon corps. Ce n’était pas çà qui les attirait vers moi, je pouvais me montrer telle que j’étais, je n’avais pas peur de ce qu’ils allaient penser, car ils m’acceptaient telle que j’étais et çà faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle sensation de bien-être. Marie-Jo me dit souvent qu’elle m’aime beaucoup, je lui réponds que moi aussi je l’aime beaucoup. Elle fait partie d’une petite famille, tout comme Hocine, Gillou, Claude et tous les autres résidents, même si je les connais moins ou pas du tout pour certains. Je l’aime du plus profond de mon cœur, ma petite famille qui ne m’a jamais oubliée, jamais laissée tomber. Je les aime pour tout ce qu’ils me donnent humainement, toutes ces choses que je n’ai pas à l’extérieur, qui sont trop souvent teintées d’hypocrisie. Je ne les vois pas handicapés et ne les ai jamais perçus comme tels. Souvent je regarde Hocine qui me fixe et je me dis que lui ne m’aurait jamais traité de monstre, de thon, que pour lui je ne serai jamais l’envoyée de Dieu qui fait peur aux gens. Je suis autre chose qu’un corps. Les toucher ne me fait pas peur, contrairement aux gens « normaux » dont leur contact m’est difficile surtout depuis l’agression. Ils ne se moqueront jamais de moi. Je me montre avec eux telle que je suis réellement, je les aime  d’ailleurs pour çà. Pour la possibilité que j’ai, de vivre un peu en dehors de cette image de moi uniquement corporelle. Ils voient autre chose que cet objet qui me sert de corps. Ils me perçoivent tout simplement en tant que Delphine. Ce sont mes rayons de soleil pleins de vie, avec une sacrée force de caractère  malgré leurs lourds handicaps. Quand je suis auprès d’eux, je me sens vivre, je sais pourquoi je me bats. J’existe et tout s’illumine en moi.

 

 

 

D’un autre côté, c’est néfaste pour moi de m’accrocher autant à eux, car je vis en quelque sorte à travers eux. Je dois me sentir bien dans ma tête, seule, sans leur aide et le besoin que j’ai, de leur présence. Un jour, je finissais mon contrat le lendemain et en parlais avec une animatrice qui me demandait la date de fin de mon CDD. Quand j’ai dit « demain est mon dernier jour », Hocine qui était près de moi, m’a pris le bras et en faisant la grimace, il a dit « ah non, oh, gentille ». Son geste si impulsif et si sincère m’a touchée et j’ai eu envie de pleurer, parce qu’il me montrait que si je n’étais plus là. Apparemment, pour lui et pour d’autres, ma présence était importante. Moi qui me répète sans cesse que je suis inutile, que je ne vaux rien, que personne n’a pas besoin de moi ! Hocine avait besoin de moi. Le peu que je lui donne, un sourire, discuter avec lui en essayant d’interpréter et comprendre ce qu’il veut faire passer, à travers ses babillages semble être apprécié par Hocine. Comme pour d’autres résidents d’ailleurs. Souvent, il me voit et crie à travers le fond du couloir en m’appelant « Idè ». Il n’arrive pas à répéter mon prénom, mais le connais. J’ai eu des difficultés à supporter de voir le corps déformé de certains, car j’ai mal pour eux de les voir dans des positions impossibles. Je me demande s’ils souffrent, physiquement, psychologiquement et à quoi ils pensent. J’essaie de les écouter, même s’ils ne parlent pas. Comprendre ce qu’ils peuvent ressentir à travers leurs gestes, leurs réactions parfois violentes. Certains se frappent la tête contre les murs, se donnent des coups, d’autres hurlent. Ils se comportent de la même façon que moi quand je m’exprime à travers la nourriture et mon corps, ainsi qu’avec les coups.

 

 

 

J’ai rencontré aussi des personnes qui ont tout fait pour apaiser cette douleur tapie au plus profond de moi. Elles m’écoutent, sont présentes quand je vais mal, m’encouragent quand je perds courage. Elles sont là aussi quand je vais bien et que j’ai envie de rire, il m’arrive aussi parfois de piquer des fous rires. Une personne en particulier, Christiane, a croisé mon chemin et est la seule à comprendre certaines choses que d’autres ne peuvent pas saisir pour différentes raisons. Elle voit quand je ne vais pas bien et trouve toujours les mots pour me faire remonter la pente, elle me donne une image objective de moi, quand elle se rend compte que la mienne est faussée, je la considère un peu comme la grande sœur que je n’ai pas eu la chance d’avoir. Chacun à sa manière m’aide sous différentes formes et je suis sûre que certains ne savent pas à quel point ils m’apportent dans ma quête du bien-être.

 

 

 

Par Delphine - Publié dans : Souvenirs d'anorexie (1996 - 2004)
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Samedi 16 décembre 2006

ANNEE 2002

Je commence à travailler dans un tribunal d'instance. Trois mois. Je rechute une troisième fois. J'avale 500 kcal de Renutryl par jour pour me permettre de continuer à travailler

 

Deuxième hospitalisation

Début janvier, avec mon accord, on envisage l’hospitalisation. L’endroit le plus adapté est le service de psychiatrie à Mulhouse, celui du médecin qui m’avait « rendue ma liberté » 2 ans et demi auparavant quand j’avais préféré « fuir » du service. Ce que je regrette, puisque j’ai perdu inutilement deux années.

Le médecin téléphone de suite à l’hôpital, pour savoir si une place est disponible pour moi. Je peux y’aller tout de suite, ils m’attendent. Mais j’ai peur et avant d’être hospitalisée, je voudrais déjà parler avec le psychiatre pour voir s’il n’y a aucune autre solution. J’ai donc rendez-vous deux jours après avec lui. J’entre dans son cabinet mal à l’aise, je n’aime toujours pas les psys. Il tournent les petits éléments qu’on leur procure, dans le seul but de nous arracher quelque chose. Leur pratique est pour les fous, pas pour moi. Je le pense encore, malheureusement. Il commence à me demander pourquoi je ne suis pas encore dans son service comme c’était prévu deux jours auparavant. A peine entrée dans son bureau, je me sens jugée. Je ne suis pas là pour me faire engueuler, je lui explique que j’ai peur de l’hospitalisation surtout dans un tel service. Il me paraît être dur dans ses propos, pour me faire encore plus de mal, selon moi. En fait, je crois que c’est juste pour m’aider à prendre conscience de mon état. Il écoute ce que j’ai à dire. J’ai du mal à supporter son regard, il me fixe. J’ai les yeux pleins de larmes, mais je ne veux pas pleurer devant lui, ne voulant pas lui avouer que j’ai besoin de lui. J’ai de grosses difficultés à prendre conscience que ce qui me ronge, depuis maintenant 5 ans, est une maladie. Il cherche à en savoir plus, sur ce qui se passe dans ma tête, sur ma façon d’être. Je lui dis que j’ai l’impression qu’il y’a deux personnes en moi. Un duel en moi qui ne s’achève jamais et qui me tue à petit feu. Le bon et le mauvais côté. Il me répond qu’il comprend ce que je veux dire. Je suis sceptique. Il est le premier à ne pas me regarder bizarrement quand je dis çà. Peu à peu, au fil de l’entretien, je me sens mieux, je lui demande s’il pense que l’hospitalisation est la seule solution. Son attitude semble changer. Au fil de ses arguments, il doit sentir que je suis en train de lâcher prise. Je lui accorde peu à peu ma confiance, il me répond que c’est la façon la plus efficace de m’aider. Puis, il finit par me dire « moi je peux vous aider ». Il semble si sûr de lui, alors que tous les psys que j’ai vus avant lui, paraissaient aussi perdus que moi, que là je lui abandonne ma confiance. Le fait qu’il me fasse comprendre qu’il pouvait faire quelque chose pour moi m’a donné envie de lui accorder une chance. C’est la première fois qu’à la sortie d’un entretien avec un psy, je me sens soulagée, même si je sais que le service de psychiatrie m’attend, le samedi suivant. Je crois que je peux avoir confiance en ce médecin et je sais que ces paroles m’aideront, même si je sais qu’il peut être un peu dur dans ses propos quand il cherche à me convaincre de quelque chose et qu’il semble changer d’attitude quand je finis par lui dire que j’ai compris ce qu’il voulait expliquer et que d’une certaine façon grâce au pouvoir des mots qu’il sait utiliser pour combattre ce démon dans ma tête, je m’éloigne de ce gouffre impitoyable. Momentanément, certaines fois, plus durablement, d’autres fois.

  

 

 

Le samedi, j’entre donc dans le service de psychiatrie, accompagnée de mes parents et mon frère. L’infirmière fait les papiers et me montre ma chambre au bout du couloir. Il y’a deux lits, mais pour le moment, je suis seule. Elle me demande de vider devant elle le contenu de mes sacs. Elle me supprime certaines affaires, en m’expliquant que lorsque j’en aurai besoin, je peux les demander dans le bureau des infirmières. Elle garde mon spray de déodorant, mon parfum, mes ciseaux. Tout ce qui contient de l’alcool ou qui est tranchant. Je vis mal cette intrusion dans mes affaires personnelles, mais ne montre rien. C’est la règle du service et après tout ce n’est pas si grave. C’est pour ma sécurité et celle des autres. Malgré tout, j’ai plutôt l’impression de me retrouver en prison qu’à l’hôpital. Ma famille s’en va, je n’arrive pas à détacher mon regard de cette porte qui se referme lentement et qui me sépare d’eux et du monde extérieur. Je les regarde s’éloigner depuis la fenêtre de ma chambre, en tentant de me convaincre que si je suis là, c’est pour qu’on m’aide.

  

A six heures, on mange. Je picore dans mon assiette, je fais la connaissance des autres patients. Le plus jeune doit avoir à peu près mon âge. Ils ont déjà fini de manger, pendant que je m’évertue à continuer mes barquettes. J’ai à peine fini la soupe, que les autres sont déjà bientôt au dessert. Je me retrouve finalement seule à table et apporte mon plateau pour le vider des ¾ de nourriture que je n’ai pas pu manger. J’ai eu droit à mes premiers médicaments. Le médecin vient me voir. Il m’explique en quoi consiste le traitement et me rassure sur mon séjour dans le service.

  

Dix jours que je suis là. Aujourd’hui, comme beaucoup de jours qui se sont écoulés, j’en ai marre de tout. Je me sens nulle, parce que je n’arrive pas à m’alimenter plus. Je suis obligée de faire trois repas par jour. Même si je ne mange pas beaucoup, çà m’apporte un certain équilibre et je ne peux pas sauter de repas. J’apprends les quantités de nourriture normales que je devrais manger. Les repas sont sous papier cellophane dans des petites barquettes. Je n’ai pas vu autant de nourriture qui m’est destinée, depuis bien longtemps. L’angoisse me prend à la gorge. Je picore quelques bouchées dans mes barquettes, mangeant lentement. Tellement lentement, que je suis souvent la dernière à débarrasser mes plateaux. Quand les infirmières ont le dos tourné, je me jette sur la poubelle. Je ne veux pas qu’elles voient que je n’ai pas pu tout manger, alors de cette manière elles n’ont aucune idée si mes barquettes ont diminuées ou non. Je supporte mal les médicaments. Je ne sais même pas ce que j’avale d’ailleurs. Je sens seulement leurs effets. Les premiers jours, j’ai été incapable de me lever et je n’avais qu’une envie, dormir. J’avais la sensation de ne pas avoir dormi depuis des mois. Ils me font somnoler toute la journée et je déteste çà. Je suis là pour réapprendre à manger pas pour dormir à longueur de temps. Je ne m’alimente presque plus. Après une visite avec le psy, il m’a expliqué que mon traitement était composé d’un neuroleptique, un antidépresseur et un anxiolytique et qu’il était destiné à me faire retrouver une unité, pour supprimer l’impression que j’ai. Que deux parties se côtoient inlassablement, dans mon cerveau. Elles se battent entre elles et c’est moi à travers mon corps qui en subit les conséquences. Je sens que certains médicaments diminuent mes angoisses et me calment. Par contre, aucun ne m’a jamais fait disparaître mes obsessions sur la nourriture et mon corps. L’anorexie ne se soigne pas avec des médicaments, sauf pour soulager les crises d’angoisse et les symptômes dépressifs. Personnellement, je ne vois aucune utilité à la prise de neuroleptiques.

 

Vivre, et non survivre. C’est tout ce dont j’ai envie, mais je constate que je n’y arrive pas, que je n’y arrive plus. Je suis entraînée dans une immense tornade qui me prend tout et ne me redonne rien. Je n’arrive plus à vivre. Si on m’enlève le contrôle que j’ai sur la nourriture, je ne sais pas quoi faire pour montrer ce que je ressens. Je pense de plus en plus, qu’au début, ne pas manger est une sorte d’un appel au secours inconscient. Souvent, j’ai envie de hurler que je suis là, que j’existe et que parfois je me sens si mal, que j’ai envie de partir. Mon comportement alimentaire paraît être mon unique moyen de communication pour exprimer mon mal-être. Pourquoi ce moyen là ? Comment faire céder ce lien qui me rattache à l’anorexie ?

 

A l’arrivée à l’hôpital, on m’a pesée. 43,5 Kgs. Seule dans ma chambre, je fais le va et vient pour éliminer la moindre parcelle de nourriture. Une semaine sans me peser, j’ai cru que j’allais devenir cinglée. Je me pesais, il n’y a pas encore si longtemps, trois ou quatre fois dans la journée. Je suis paniquée de ne pas savoir si j’ai pris, perdu ou stabilisé mon poids. Je tourne en rond comme un lion dans sa cage.

 

Je n’aime pas quand les médecins parlent d’anorexie me concernant. Quand je regarde des reportages sur cette maladie, je vois des jeunes filles qui sont beaucoup plus maigres que moi. Je ne mange pas toujours beaucoup. C’est vrai. Mais je mange quand même, alors qu’on me laisse tranquille. Néanmoins, je constate que dans leur tête, beaucoup d’éléments sont identiques aux miens. Par conséquent, je parviens à admettre que j’ai un problème avec la nourriture, mais pas que j’ai cette maladie. Pourtant, bizarrement, je me sens plus proche de ces jeunes filles malades que de celles qui sont en bonne santé. Peut-être qu’après tout, je leur ressemble plus que je ne le crois. Je suis, par exemple, capable de comprendre ce qu’elles ressentent et, pour cette raison, je me retrouve beaucoup trop souvent dans ce qu’elles disent.

  

Mercredi 30 janvier. Le médecin vient de m’annoncer que je sors demain. Je suis à la fois contente et paniquée. J’ai peur de ce qui se passera chez moi. Il faut que je me batte, il y a tellement de personnes qui croient en ma guérison, il ne faut pas que je les déçoive. Cette après-midi, je vais participer à une activité thérapeutique : l’aquarelle. L’ergothérapeute me demande tout d’abord de peindre ce qui me vient en tête. Je partage ma feuille en deux parties : l’une est très claire, avec du jaune, du rouge clair. L’autre partie est très foncée, avec du noir, du rouge foncé, du bleu foncé. A la fin de mon dessin, je regarde, tristement, la parties sombre : l’univers de la nourriture, la maladie. La partie claire semble représenter la chaleur, une bouffée de bien-être, l’espoir de guérir et d’en finir une bonne fois pour toute avec ce problème de nourriture. Ensuite, elle me demande de refaire un dessin avec beaucoup de jaune, orange et rouge. A la fin, elle me dit de penser à ce dessin, le matin quand je me lève, le soir quand je me couche. Il faut que j’aie ce dessin devant les yeux pour m’inciter à reprendre espoir et regarder les couleurs claires et chaudes de la guérison. Celles de la vie.

 

Je fais souvent le même rêve. Je suis sur un chemin qui longe la mer : le paysage ressemble à celui de la Bretagne. Des falaises, la mer agitée, je marche sur un sentier. Je me sens bien, je suis calme, libre. Puis, soudain, je ne trouve plus mon chemin. J’essaie d’aller plus loin, de trouver le bon chemin pour accéder dans un lieu où je me sentirais vraiment bien. Où il n’y aurait ni anorexie, ni boulimie. Le temps sombre et la mer mouvementée. Je continue encore, j’avance comme à la recherche du bien-être. J’ai tenté de trouver une signification à ce rêve : la mer représente sûrement mon esprit tourmenté, le chemin qui s’éloigne et qui continue indéfiniment est la guérison, la lutte pour trouver enfin un peu de sérénité. Quand je rêverai que je m’arrête à un point bien précis sans vouloir encore poursuivre ma route, cela voudra dire que je suis sur le chemin de la guérison. Que je suis enfin bien dans mon corps et dans ma tête… Pourvu qu’il ne tarde pas à arriver.

 

 

 

Par Delphine - Publié dans : Souvenirs d'anorexie (1996 - 2004)
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Samedi 16 décembre 2006

ANNEES 2000 - 2001

2ème année de BTS (redoublement)

Fatiguée d’être moi 

Je me sens toujours aussi seule, dans cette tête qui ne semble plus être la mienne. J’essaie de me convaincre que je vais bien, qu’il y’a des choses plus graves dans la vie. Je n’y arrive pas. Je m’en veux d’être comme çà, même si je sais que rien ne provient de ma propre volonté. Je m’en veux d’avoir un comportement pareil avec les personnes que j’aime. Mes parents, mon Bouli. Ainsi qu’avec les personnes que j’apprécie, comme certains de mes profs, certains amis qui sont derrière moi et qui me rattrapent à chaque fois que je chute. Mais, plus on essaie de m’aider et plus je m’enfonce, parce que je n’arrive pas à être comme ils voudraient que je sois. A longueur de journée, j’entends des paroles, telles que « tu devrais faire cela, tu devrais faire ceci ». Ils ne comprennent pas, que pour moi, ces activités qu’ils me conseillent, ces gestes aussi simples qu’ils soient sont devenus impossibles, voire douloureux, tant physiquement que psychologiquement. Tout est devenu compliqué. Je ne suis plus capable de passer d’une situation à une autre aussi rapidement qu’eux. Maintenant, il me faut du temps, beaucoup plus qu’avant. J’avance à pas de souris, mais tout le monde s’impatiente, çà ne va pas assez vite. Je ne guéris pas assez vite.

 

 

 

J’aimerais qu’on m’encourage quand j’arrive à manger la moitié de mon assiette et pas qu’on me dise « Tu ne finis pas ? ». J’avance, mais il faut me donner du temps. Celui d’accepter ce voyage de la nourriture dans mon organisme et la reprise du poids que j’ai perdu. Je veux bien manger, mais si la tête ne suit pas, c’est moi qui en subit les conséquences. Cà ne sert strictement à rien. C’est moi qui suis mal et non ceux qui me disent de manger. Certains pensent qu’il suffirait que je me mette à table, normalement et manger, tout simplement. Tout simplement ! … Je rirais, si ce n’était pas si douloureux, parce que justement, ce n’est pas aussi simple. Je n’arrive pas à faire ce fameux « tout simplement » ! Dans ma tête, quelque chose tente de me faire perdre le contrôle de moi-même, aussi bien sur la nourriture que sur ma vie, et avec les autres notamment. J’étouffe. Je suis incapable de gérer ce qui se déroule dans mon cerveau. Les gens me font rire. Ils semblent tous comprendre ce qui se passe chez moi ; alors que même moi, je suis perdue à travers toute cette pagaille dans ma tête. Apparemment, il n’y a que moi qui ne comprends strictement rien. C’est amusant, mais désolée, moi, j’ai plutôt envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, tant je me sens triste et mal ! Vous ne voyez et ne comprenez rien !!

 

 

 

Je suis fatiguée de me battre, de lutter contre l’envie de me gaver et de me purger, pendant mes périodes boulimiques et de me persuader qu’il est nécessaire de m’alimenter, pendant les périodes anorexiques. C’est infernal, parce que çà ne finit jamais. Quand je suis au lycée et que j’entends parler le reste de la classe, je ressens un tel écart entre eux et moi, que c’est effrayant. Certaines parlent de vivre avec leurs copains, de ce qu’elles ont fait avec un tas d’amis et moi je suis là comme un éléphant dans un magasin de porcelaine (l’animal est peut-être mal choisi compte tenu du problème, mais bon tant pis !), à cause d’une trop importante différence, difficile à assumer. Qu’est-ce-que je peux dire ? Que je fais un bond gigantesque 22 ans en arrière, que je ne sais plus comment on fait pour manger ? Que je ne sais plus ce qu’est la faim ? On se foutrait de moi si je disais çà. Jusqu’au déclenchement de mon problème, j’avais avancé dans divers domaines, sans jamais m’y étendre. Tout semblait si fragile, prêt à se casser la figure. Sûrement trop fragile, pour ne pas passer à côté d’un tel problème.

 

 

L’araignée tisse sa toile pour piéger sa proie, puis une fois qu’elle l’a attrapée, elle la fait mourir à petit feu. La victime essaie de se débattre pour se défaire de cette emprise, mais elle a beau tout faire, cela ne sert à rien, car l’araignée est la plus forte. L’anorexie a la même stratégie. Elle est cruelle. Elle attire dans son piège des personnes qui ont déjà je pense, une certaine fragilité psychologique, puis elle jette son dévolu sur ses victimes. Se battre ? Pour quoi faire, puisque personnellement, je me dis qu’elle est plus forte que tout. Plus forte que moi. Elle me dépasse et je sens qu’elle ressert ses liens autour de moi. Elle m’étouffe et me tue à petit feu.

 

 

 

Quand j’étais petite, j’aimais les bulles de savon. Leur façon de jouer avec le vent et la lumière, en créant un beau mélange de couleurs, ainsi que leur légèreté et leur fragilité me plaisaient. Mon frère aimait courir après pour les éclater. Je créais ces petites choses éphémères et lui courait après pour les détruire. Peu de temps après m’être rendue compte que plus rien n’allait entre la nourriture et moi, je me suis vue créer une de ces bulles. Une énorme bulle qui me coupe du monde extérieur et de ceux que j’aime. Elle représente tout le contraire de ce que j’appréciais dans ces bulles de savon. La mienne, immense, est terne, ne possède pas de couleurs. Elle n’est ni légère, ni fragile, mais plutôt solide et lourde à porter. Le plus difficile à admettre est que personne ne peut courir après pour la faire éclater, et qu’elle a tendance à se solidifier si on attend pour s’en débarrasser. Plus elle est épaisse, plus il est difficile d’espérer la voir s’évaporer dans l’air, comme si elle n’avait jamais existée et de se débarrasser de ces obsessions qui deviennent omniprésentes. J’aimerais courir après cette bulle que j’ai formée malgré moi pour la désagréger et laisser s’échapper toutes ces choses qui ne demandent qu’à sortir. Ma liberté enfin rendue.

 

 

 

Ces bulles et araignées sont les conséquences de cette saloperie qu’on appelle anorexie. Elle entraîne ses victimes dans une sorte de monde à part, dans lequel, seules la malade et l’anorexie se côtoient, du matin au soir et du soir au matin. Avec le temps et si on n’agit pas tout de suite pour la vaincre, la bulle se solidifie et la mort semble être la seule fin possible à ce cauchemar. A mes yeux, l’anorexie est le cancer de l’âme et de l’esprit. 

 

 

 

 

 

Jugements douloureux

A travers ces comparaisons de bulle et d’araignée pour exprimer ce que représente l’anorexie à mes yeux, MON de faire comprendre à tous ceux qui m’ont jugée, critiquée. Qui m’en ont voulue pour ce que je suis devenue, mais aussi pour tous ceux qui m’ont aimée, malgré tous ces changements, que je ne le fais pas exprès, que personne ne veut de l’anorexie, mais qu’elle s’incruste et qu’elle fait énormément de mal à tous ceux qui en souffrent, ainsi qu’à leur entourage. Quelqu’un qui a un cancer n’a pas demandé à être malade. Quelqu’un qui ne mange plus, n’a pas choisi spontanément l’anorexie. C’est aussi une maladie. Bien sûr, elles différentes, car l’une est physique et l’autre mentale, mais ont néanmoins deux points communs : la souffrance durant le combat et la mort qui attend parfois au bout de cette lutte acharnée. Je sais que certains penseront que se rétablir de l’anorexie n’est qu’une histoire de volonté, contrairement à une personne atteinte d’un cancer. Mais dans ce cas là, comment expliquer que certaines anorexiques et boulimiques meurent ? Je ne perçois qu’une seule chose : l’anorexie et un cancer entraînent parfois la mort. Elles ont ce point commun tragique qui me permet de dire qu’il faut se battre contre l’anorexie comme contre un cancer. De façon différente, évidemment, thérapeutiquement parlant, mais se battre quand même. Le combat est douloureux dans un cas comme dans l’autre. Je peux m’imaginer ce que vit une personne avec un cancer. La souffrance qu’il entraîne, les traitements lourds (chimiothérapie, rayons…), les conséquences physiques visibles (le regard des autres peut être terrible), le combat contre la mort, la difficulté psychologique de se voir atteint d’une telle maladie. Mais est-ce qu’une personne atteinte d’un cancer peut comprendre ce que je vis ? La destruction involontaire due à l’anorexie ? Je ne sais pas. Je me pose souvent la question. Dans les reportages à la télé sur des personnes souffrant d’un cancer, je pleure et me culpabilise. Je me dis « regarde toute cette souffrance qu’elle n’a pas demandé, toi pour t’en sortir, il te suffit de manger et tu ne serais plus malade, c’est si simple ». Mais tôt ou tard, surtout depuis quelques mois, quand je vois que régulièrement je rechute, je me dis « mais attends, toi aussi tu souffres et tu ne l’a pas demandé non plus, tu n’as pas à te culpabiliser, personne ne veut d’une maladie, qu’elle soit physique ou mentale ». Et en plus, je rajoute encore une fois que ce n’est pas si simple de se remettre à manger quand la tête refuse toute chose rationnelle et ne fonctionne plus comme avant. Peut-être qu’avant d’avoir ce problème, je me disais aussi que manger ne demandait pas d’effort. Mais si j’ai pu le penser, je le regrette, car j’ai fini par découvrir que c’était faux.

 

 

 

J’admets que l’on puisse m’en vouloir. Je me sens moi-même suffisamment coupable d’être la jeune femme que je suis devenue et que je déteste. Je fais surtout allusion à mes parents qui ne méritent en aucun cas ce que je leur fais vivre depuis des mois. Eux en souffrent, j’en suis consciente, mais c’est moi qui vis quotidiennement avec çà. De plus, je ne le mérite pas non plus même si je n’en suis pas certaine. Dans tout les cas, c’est tout aussi difficile pour moi et je subis autant qu’eux ce qui se passe.

 

 

 

Ne juger et ne culpabiliser jamais une personne qui souffre de troubles du comportement alimentaire. Ce n’est pas la peine. Elle s’en charge elle-même. Elle sait qu’elle fait du mal à son entourage et à un moment ou l’autre, elle se rendra compte de tout ce qu’a entraîné sa maladie et elle se culpabilisera davantage, au point sûrement d’avoir envie de mourir en se sentant si responsable de ce qu’elle fait subir à ses proches. Elle n’a pas besoin des autres pour le lui rappeler, c’est suffisamment douloureux d’en prendre conscience. C’est en connaissance de cause que je le dis. Faites-moi confiance, je peux vous assurer que le retour à la réalité est terrible pour l’anorexique.

 

 

 

Avant, je regardais l’actualité, surtout quand il s’agissait de reportages sur la misère dans le monde, sur ces bouts de choux du Tiers-Monde qui, eux, ne demandaient qu’à manger et à se développer correctement. Je me révoltais contre cette injustice et prenais conscience que j’avais de la chance d’être privilégiée. Ces petits africains, je les aimais et ne supportais pas de voir dans quelles conditions lamentables vivaient ces enfants innocents. C’est pour cette raison que j’admirais les associations à but humanitaire qui les aidaient à lutter contre la famine et le manque de soins, pour leur donner un morceau de vie meilleure. Depuis toute petite, mon rêve était de devenir infirmière et plus tard, j’aurais voulu faire de l’humanitaire. Partir dans des pays où on aurait vraiment eu besoin de moi. Mais on m’a découragée à suivre cette voie et je me suis résignée à l’idée de ne jamais être infirmière. Aujourd’hui, je ne peux plus les regarder, mes petits africains. J’ai trop mal. J’éprouve beaucoup trop de honte vis-à-vis d’eux. Moi qui ai la possibilité de manger, chaque jour, à ma faim, je ne peux plus le faire, car dans mon cerveau, une petite voix me dicte de ne pas répondre à mes besoins physiologiques. Je fais tout pour ressentir les signes du manque de nourriture dans mon organisme. Eux n’ont pas les moyens de répondre à ce que leur demande leur corps, alors que c’est tout ce qu’ils désirent. Je me sens terriblement coupable. Comment peut-on refuser de la nourriture, alors que tant d’enfants meurent de faim à travers le monde ? Je ne suis qu’une merde et une criminelle ! Je me sens coupable au point de me dire souvent que je ne mérite même pas de vivre. Comment peut-on autoriser une personne à vivre, alors qu’inconsciemment, elle fait tout pour perdre la vie ?? La culpabilité est souvent trop forte à supporter et j’ai envie de partir. Ma place n’est plus dans ce monde-là, je ne mérite plus de vivre, à cause de cette maladie qui me réduit à néant. Je fais du mal à tout le monde.

 

 

 

Je vous demande de me pardonner pour tout ce que je fais avec cette nourriture que vous voudriez tant, mes petits anges d’Afrique.

 

 

 

On m’a fait comprendre tout çà, plus ou moins explicitement. Certains soupirent, me regardent avec d’énormes yeux en fronçant les sourcils devant mon comportement qui les exaspère. Ils ne disent rien et pourtant leur attitude parle pour eux et me jette à la figure ce qu’ils pensent réellement de moi. Je les emmerde à ne pas vouloir manger. Ils m’en veulent pour ce qu’ils subissent à cause de moi. D’autres me le disent beaucoup implicitement (beaucoup trop d’ailleurs) et ne se doutent pas un seul instant que çà peut me faire encore plus de mal. Quelqu’un dans ma famille m’a demandé, alors que je pesais 40 Kgs, si je revenais du Vietnam, en voyant les bâtons qui me servaient de jambes. Elle m’a aussi dit : « Alors, tu fais des bêtises ? » ou « Mais il ne reste plus rien chez toi ! ». Comment peut-on dire çà à une personne qui se sent déjà si mal dans son corps et sa tête ? Des bêtises, non. Je souffre, simplement, si toutefois je suis autorisée à le dire, mais vous pouvez me croire, je ne l’ai pas choisi. J’aurais préféré que cette tante me dise qu’elle m’aimait et qu’il fallait que je m’en sorte, parce qu’elle tenait à moi. Comme d’autres l’ont fait. Elle m’a fait du mal, sans savoir l’impact que tout cela aurait sur moi. Ces mots de personnes aussi incompréhensibles et intolérantes me culpabilisent encore plus. Elles ne savent rien, ni de la maladie, ni de moi, mais se permettent de me juger et de me critiquer. Entre ceux qui affichent de l’indifférence à mon égard et ceux qui me jugent, je préfère encore ceux qui ne disent rien. Je me tiens à l’écart de ceux qui me jugent et qui me donnent l’impression de n’être qu’une merde.

 

 

 

Un jour, l’infirmière du lycée (pas la même que l’année précédente, heureusement) m’a fait venir à l’infirmerie. Quelqu’un l’avait prévenue que je n’allais pas bien. On lui avait dit que je ne parlais plus, que je m’isolais de plus en plus, alors elle voulait me convaincre d’aller voir un psy. De quoi je me mêle ! J’ai senti qu’elle me jugeait. Je crois qu’à ses yeux, je manquais de volonté. Je lui aurais mis mon poing dans la figure si j’avais pu. Les gens m’énervaient à un point que personne ne peut imaginer. Me dire, me répéter qu’il fallait que je m’accroche, que je fasse quelque chose. J’en avais marre qu’on soit toujours sur mon dos à me dire « tu dois faire çà » ou « il faut que tu te soignes ». Je voulais simplement qu’on me laisse tranquille, qu’on me foute la paix une bonne fois pour toutes. Le vase était en train de commencer à déborder. Si j’étais devant elle, c’est que je me battais, sinon je serais déjà morte depuis longtemps. Je n’ai pas osé lui dire çà de peur de passer pour quelqu’un d’impolie, mais mon cerveau était sur le point d’exploser. Me sentir jugée était la pire des choses qu’on pouvait me faire. J’étais seule face à un problème, personne ne comprenait rien et je ne savais pas quoi faire pour m’en sortir. Je ne supportais plus rien, ni personne. Tout le monde finissait par m’énerver à me seriner de manger. Est-ce-que je m’occupais de ce qu’ils faisaient, de ce qu’ils mangeaient ? Tout le monde m’étouffait. Profs, étudiants, amis, je ne voulais plus les voir. J’étais trop différente. Beaucoup de gens étaient là pour me faire comprendre qu’il suffisait que je mange, que c’était facile de s’en sortir. A part Céline, Stéphanie et Sabrina, beaucoup d’autres n’avaient fait qu’un constat de ce que je devenais et avaient été en parler sans mon accord à l’infirmière qui ne me connaissait même pas, au lieu de s’adresser directement à moi. Je n’ai pas apprécié cette intrusion dans ma vie. Je me rends compte maintenant qu’eux aussi ne cherchaient qu’à m’aider, mais ne savaient sans doute pas quoi faire. Je m’étais donc résignée à aller voir cette infirmière et lui ai dit que j’allais prendre rendez-vous chez ce psy uniquement pour qu’elle me foute la paix. Malgré mon absence d’envie de recommencer à consulter un 4ème psy. J’étais fatiguée, épuisée de vivre avec cette saloperie, mais je ne savais plus quoi faire. Je me perdais dans tout çà. J’étais d’accord pour aller chez un psy à condition de recevoir en contrepartie une aide de sa part, ce qui n’était pas évident compte tenu des 3 premiers psys que j’avais déjà vus à Montbéliard.

 

 

 

A ce propos, j’ai envie de préciser que le fait de changer de psy n’est pas un manque de volonté, mais qu’il est important de se sentir suffisamment bien avec lui pour commencer à faire un travail sur soi. C’est difficile souvent de trouver dès la première fois, le thérapeute qui donne l’impulsion de se dire qu’avec lui, çà passera bien et qu’il pourra apporter son aide. Il ne faut pas hésiter à changer, si on se sent mal à l’aise avec lui. En général, dès le premier rendez-vous, on sent s’il sera efficace ou non.

 

MARS 2001

 

Encore un psy … 

Lundi, j’avais rendez-vous avec le nouveau psychiatre et jusqu’au dernier moment, je ne savais pas si j’allais avoir le courage de me rendre chez lui. Finalement, tout c’est relativement bien passé. Côté décor, le cabinet est triste. Les malades qui vont chez lui ne vont déjà pas très bien, alors je me demande si le décor n’empire pas leur moral. J’exagère, mais je sais que pour moi, le cadre dans lequel le psy reçoit les patients est aussi important que le médecin en lui-même. J’ai besoin de sentir un environnement sécurisant autour de moi pour me mettre en confiance J’attends dans la salle d’attente, j’essaie de me concentrer sur un magazine, mais je n’y arrive pas. Je repense aux dernières semaines au lycée, puis dans l’entreprise où j’ai fait mon stage pendant les vacances. Enfin, c’est à mon tour. Le psy a un air sympa. Il me fait prendre un long couloir et on arrive à son bureau. Une toute petite pièce : juste la place pour caser un bureau, deux chaises et un fauteuil, recouvert d’un drap, qui me fait penser à la chaise électrique. C’est donc dans cet endroit que les malades se mettent à nu devant un homme qu’ils ne connaissent pratiquement pas. Un genre de confident avec lequel il faut se sentir vraiment proche, pour arriver au stade de révéler la moindre petite parcelle de son corps et de son âme. Raconter sa vie comme à son meilleur ami. Sauf que ce n’est pas ami. Dans ce minuscule cabinet, combien de personnes, déjà, ont passé des heures, assises là, à raconter ce qui se passe dans leur tête. A pleurer, à se plaindre de leurs souffrances. Dorénavant, je fais partie de cette drôle de tribu. Les questions commencent. Toujours les mêmes : à quel moment la maladie a t-elle commencée ? Ai-je des problèmes avec mes parents, mon frère, mes grands-parents ? Quel comportement alimentaire ai-je pris ? Pourquoi ? Est-ce que je connais le facteur déclencheur de l’anorexie ? …. Tout çà me fatigue et j’en ai marre. Une demi-heure plus tard, je sors enfin, avec un traitement antidépresseur et l’envie de m’enfuir et de conserver pour moi tout ce qui se passe dans ce fouillis qu’est devenu mon cerveau. Je ne veux plus en parler, à qui que se soit. A quoi cela sert-il d’ailleurs. Personne n’est capable de comprendre. Tous les efforts que je fais pour me convaincre de manger et ceux que je tente de faire pour ne plus me gaver sont inutiles. Ce soir, je n’ai plus envie de m’alimenter et de partager tout cela avec quelqu’un. Qu’on me laisse tranquille. Je ne veux plus faire l’effort de m’en sortir, je vois bien que personne ne peut m’aider. Je n’ai plus assez de ressources pour me persuader que j’ai besoin d’être soignée. Je me débrouillerai seule et sûrement mieux.

 

 

 

Je ne suis pas bien. J’ai commencé mon nouveau traitement hier soir et ce matin j’ai été incapable de me lever. Je pense au psy qui m’a dit que je pouvais prendre mes trois cachets le soir, étant donné que je ne mange rien dans la journée. Je suis complètement assommée. J’ai dormi toute la matinée avec l’impression que je ne pourrai plus jamais me réveiller. Mon état est le même que celui d’une personne qui s’est saoulée ou droguée toute la nuit. J’appréhende déjà la journée, parce que je sais que, dès que le brouillard qui a élu domicile dans ma tête depuis hier soir se sera dissipé, je commencerai à manger et je ne pourrai plus m’arrêter. C’est bien parti pour une journée de merde, une journée glouton.

 

 

 

A chaque fois que je ressortais de chez les psys que j’avais consultés, je ne voulais plus y retourner. Je voyais bien qu’ils semblaient aussi perdus que moi et qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. Je crois aussi que je n’étais pas encore prête pour aborder certaines choses. J’évoquais parfois des sujets qui me paraissaient ne pas à révéler. Comme par crainte de blesser quelqu’un, comme si c’était malsain de réveiller certains souvenirs, comme si je m’en voulais d’avouer certains évènements de ma vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Delphine - Publié dans : Souvenirs d'anorexie (1996 - 2004)
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