UN CORPS DANS LA TOURMENTE

"Une jeune femme de 28 ans perdue entre l'anorexie et la boulimie qui aimerait retrouver ses yeux d'enfants pleins de vie"
"A ce moment-là, je mange l'équivalent de çà". Régime à ne suivre en aucun cas"
Mal-être et première rechute dans l'anorexie
Au mois de septembre, Michaël est parti pour une mission au Kosovo. Je le savais déjà depuis le mois d’avril, mais j’avais préféré ne pas y penser trop à l’avance. Au fond de moi, j’avais envie qu’il change d’avis, parce que j’avais peur pour lui. C’était trop dangereux. Cet amour que j’avais pour lui représentait beaucoup à mes yeux, puisque je n’ai jamais oublié que, grâce à lui, je me suis sentie entière. Il m’avait fait aimé pendant quelques temps ce corps qui maintenant ne valait plus rien à mes yeux. Avec un mélange de fierté et de peur que j’avais pour lui, il est parti comme prévu. Avec lui, il a emporté une immense partie de moi. La date de son retour était déjà inscrite en rouge sur mon agenda. Il reviendrait le 5 janvier, si tout allait bien. Une éternité ! Au début, je suivais continuellement l’actualité. Avec tant de massacres, il aurait pu se trouver parmi l’une de ces personnes innocentes.
En novembre, j’ai continué à couler davantage, j’ai eu à nouveau cette cassure que j’avais déjà ressentie quelques temps auparavant. Un jour au lycée, je n’allais pas bien, j’avais mal à l’estomac, parce que la veille je m’étais gavée. J’ai donc été à l’infirmerie. L’infirmière m’a reçue et j’ai commencé à lui parler lentement de mon problème. Elle a commencé à me juger. J’avais les larmes aux yeux, sentant ma détresse augmenter au fur et à mesure qu’elle me parlait, au lieu de me sentir soulagée de pouvoir enfin parler de tout cela avec quelqu’un. Elle m’a raconté sa vie, puis celle de sa fille, qui, à l’entendre, était parfaite. Tant mieux pour elle, tant pis pour moi, je me suis sentie rabaissée, ressemblant une fois de plus, à une moins que rien, à une merde. Je me suis vite demandé pourquoi j’avais voulu faire confiance à quelqu’un. La première personne à qui j’avouais mon problème, dressait de moi, le tableau d’un monstre. Elle me parlait de sa Normandie natale, du morceau de fromage qu’elle mangeait à 10 heures, de sa fille qui mangeait je ne sais plus quoi exactement. Je m’en foutais, j’aurais préféré disparaître et regrettais d’être là. A un moment donné, elle m’a donné le dernier coup de couteau dans le cœur en me disant que je ne serais jamais une bonne mère. Qu’en effet, ne pouvant plus m’alimenter moi-même, je ne serais jamais capable de nourrir correctement mon enfant. J’en avais les larmes aux yeux, mais refusais de lui montrer qu’elle avait touché un point sensible. Je ne comptais pas lui fournir ce plaisir là. Ensuite, elle m’a parlé de mes beaux yeux bleus qu’il fallait que je mette en valeur, selon elle, tout en me préconisant de ne pas penser à mon poids. Pour finir, elle m’a culpabilisée en me parlant de mes parents et de ce que je leur faisais endurer. Elle m’a fait une sorte de lavage de cerveau, d’où il ne ressortait que trois choses : j’étais une merde sans volonté, une criminelle qui faisait souffrir ses parents et une future mauvaise mère. Un beau tableau à me jeter par la fenêtre… Quel avenir brillant…
Après m’avoir fait la morale durant une heure, elle a ponctué son discours par un « Je suis optimiste » et m’a laissée retourner en cours dans un piteux état. Beaucoup moins optimiste qu’elle et en ayant la sensation qu’un rouleau compresseur m’avait démoli le cerveau. Avant de reprendre ma place en cours, je suis passée aux toilettes pour retrouver une apparence à peu près correcte. Les yeux rougis, j’étais complètement anéantie, rongée par cette solitude qui me faisait tant de mal. Je suis entrée dans la salle de cours et me suis assise. Je continuais à penser à ce maudit entretien et à pleurer discrètement pour que personne ne s’aperçoive de ma détresse. M.P rendait les copies de comptabilité. Ma première note catastrophique dans cette matière. Il me regardait, ennuyé et embarrassé. A la fin de l’heure, il est venu près de moi, m’a demandé si çà allait mieux. Si c’était à cause de mon devoir raté. Je lui ai répondu que j’allais retravailler ce qui n’avait pas été, mais qu’il n’y avait aucun lien avec mon état. Il a continué à vouloir en savoir plus, pour m’aider. Des problèmes de santé ? J’ai répondu oui, pour être débarrassée et sans devoir m’étendre sur ma réponse. Je ne voulais pas lui dire ce qui se passait. J’avais peur d’être jugée à nouveau et dans le couloir entre l’infirmerie et la salle de cours, je m’étais jurée de ne plus rien dire sur ce qui se passait, afin d’être préservée du regard des autres. Sabrina était la seule à être au courant de mon problème et l’après-midi, elle m’a remonté le moral. On s’est moqué de l’infirmière et plus tard, alors qu’on avait terminé nos études, elle m’a envoyé une carte avec des vaches en faisant allusion à
Je continue à aller en cours, mais il me tarde d’être à la fin de l’année, de passer le BTS et de finir mes études. Je parle moins et m’isole beaucoup trop. Je ne me sens pas bien, mais ne sais pas précisément pourquoi. J’ai un problème, mais je n’en connais pas vraiment la raison. Je sens que quelque chose ne va pas, mais je n’arrive pas à mettre de mots sur cette souffrance qui continue à s’installer. Parler, sourire, deviennent impossibles. Une tristesse, un mal-être me poursuivent continuellement. De plus, tout ceux qui sont autour de moi m’énervent, ils sont insupportables. Je suis assise près de Sabrina. Elle a emménagé près de Belfort et vit avec son copain. Je m’entend bien avec elle, c’est la seule qui parvient à me faire rire et à me changer un peu les idées. Elle ne me laisse pas m’isoler et ne me laisse pas seule dans mon coin. Elle voit que je ne mange jamais à midi. Alors elle me pose des questions et me raconte que l’année précédente, elle mangeait peu, suite à des problèmes avec les parents de son copain. Elle ne me jugeait pas, parce qu’elle savait ce que je vivais. Un lien entre elle et moi se créait. Celui de l’anorexie. Elle savait à quel point il est difficile de manger quand on ne peut plus. Je me suis sentie moins seule, parmi les autres étudiants qui se goinfraient beaucoup trop à mon goût, même si je me rends compte maintenant qu’ils mangeaient, tout simplement. C’est moi qui n’avais plus les notions de faim et de besoin de manger.
J’ai perdu mon moral et les repas que je faisais étaient de plus en plus laborieux. Je ne mangeais plus rien dans la journée et quand je rentrais le soir, j’avalais n’importe quoi, comme si je n’avais plus la notion de la faim et de la satiété, comme si je ne savais plus ce dont j’avais vraiment besoin. Quelque chose s’est brisé, j’ai senti une sorte de cassure dans ma tête, sans comprendre ce qui m’arrivait.
Petite prise de conscience
Un jour de décembre, Stéphanie est passée à la maison et m’a parlé du combat de son copain face à la leucémie. Il s’est battu jusqu’au bout, même quand il était en chambre stérile. C’est lui qui lui remontait le moral quand elle passait son bac. Elle s’en voulait de se plaindre auprès de lui à cause du stress que lui procurait le bac, alors qu’il sentait la mort se rapprocher de lui. Grâce à lui, j’ai eu envie de me rajouter à la liste de donneurs de moelle osseuse, puisque je ne pouvais donner ni mon sang, ni mes plaquettes et plus tard, pendant quelques temps, cette lutte contre la leucémie m’a motivé pour atteindre les fameux 50 kgs utiles, pour faire don de mon sang. J’essayais de me battre contre autre chose pour parvenir à vaincre mon propre combat. Malheureusement, ce n’est pas simple de se dire qu’on va prendre du poids. Même si c’était pour une bonne cause, je n’ai pas réussi.
Par contre, Stéphanie, ce jour-là, m’a ouvert les yeux et j’ai pu constaté que je ne faisais plus rien comme les autres jeunes de mon âge. Je crois qu’elle m’a donné l’envie d’être comme les autres, de lui ressembler. On avait le même âge et elle me servait en quelque sorte de référence et me montrait ce qu’était la vie réelle d’une jeune femme de 21 ans. Sortir en boîte, aller au cinéma, rire, aller manger quelque part, avoir des amis, avoir à nouveau un copain. J’ai peut-être pris conscience qu’un fossé immense s’était formé entre moi et les autres. Cette différence que j’ai alors ressentie m’a poussé à aller voir le médecin. Au moins pour lui parler de ma phobie, qui, pour moi était la seule chose qui me tracassait. Je n’étais plus réglée, mais je m’en fichais éperdument. Tant mieux, au contraire. Pour moi, je n’avais plus de corps, il n’existait plus. L’aménorrhée était un des symptômes, comme je l’ai su plus tard, qui ne me perturbait pas plus que çà. Il ne me restait plus que ma tête pour réfléchir et penser à des choses de plus en plus sombres. Je ne supportais plus la vue de mon corps. J’avais pris du poids durant la première année, à cause de ma façon de me jeter sur la nourriture le soir. Je pesais 51 kgs, poids que je n’avais jamais atteint auparavant. Entre la première période où je ne pouvais plus manger, 3 ans auparavant, et maintenant, j’avais pris 13 kgs. Je ne mangeais pas dans la journée et le soir je me gavais et ne bougeais plus après, tellement je me sentais mal physiquement et psychologiquement, à cause de cette grosse quantité de nourriture que je venais d’ingérer. J’avais honte de ce comportement tellement dégoûtant.
Le médecin m’a parlé d’anorexie. Moi anorexique ? Il voulait que j’aille chez un psy ? Il n’était pas bien ! C’est lui qui aurait dû y aller ! Je n’avais pas çà ! D’ailleurs, le seul problème que je percevais et reconnaissais était ma phobie. Mais quand on parle de phobie, les gens, médecins ou pas nous regardent comme des bêtes curieuses, surtout quand il s’agit d’une phobie qu’on ne rencontre pas fréquemment, contrairement à d’autres qui sont plus courantes et dont on sait qu’il existe différents moyens de s’en débarrasser. Je me suis retrouvée avec des pilules qui m’aideraient soi-disant à ne plus être anxieuse et un rendez-vous chez une psychiatre que le médecin connaissait et qui était d’après lui une bonne psy. Il pensait aussi que je me sentirais sûrement mieux avec une femme. J’ai compris longtemps après pourquoi il m’avait dit çà. Mais j’ai aussi réalisé plus tard que son concept n’était pas justifié dans tous les cas.
JANVIER 2000
Première consultation chez une psychiatre
Au mois de Janvier 2000, après plusieurs semaines d’attente et une annulation de rendez-vous de sa part, je me retrouve face à une femme qui me fixe comme si elle essayait de percevoir quelque chose sur mon visage ? avant même que je ne lui parle du problème. A peine sortie de la salle d’attente, elle me scrute comme une bête curieuse ? comme si elle cherchait à savoir juste en me dévisageant de la tête aux pieds, ce qui m’amenait dans son cabinet. Entre temps, j’avais perdu du poids, mais je refusais de lui dire que j’avais un problème de nourriture. Pour moi, ce que le médecin avait dit était faux. Je n’étais pas anorexique. Je lui ai donc uniquement parlé de ma phobie. Elle hausse les sourcils, fait de gros yeux et je me sens incomprise pour
Je suis sortie de chez elle avec des antidépresseurs et une envie ou plutôt un besoin de me laisser entraîner dans ce gouffre, sans que personne ne s’en aperçoive. Je ne voulais plus parler à personne de cette souffrance camouflée aux fins fonds de mes entrailles. Le médecin n’a pas su me donner confiance en elle pour me livrer à elle. C’était aussi la première fois que je consultais une psychiatre et je détestais toujours autant cette spécialité. C’était mon corps, ma vie, mon poids. C’était la seule chose qui me restait et que je pouvais encore contrôler, alors on ne pouvait pas m’enlever çà. Je rentre chez moi et me demande si je retournerai au prochain rendez-vous prévu dans 3 semaines. J’avais encore le temps de perdre au moins 5 kgs entre temps, mais après tout, je crois que je m’en foutais ou que tout simplement, je ne me rendais compte de rien. Je n’étais plus dans la réalité depuis déjà au moins 3 mois, comme 3 ans plus tôt.
Je suis de plus en plus fatiguée et n’arrive presque pas à marcher tellement mes muscles me font mal. Je ne vais plus en cours. Je ne supporte pas qu’on puisse juger mon nouveau comportement et d’ailleurs je n’ai plus envie de rien. Ni d’aller au lycée, ni de rire ou de sourire, ni de parler. Manger, n’en parlons plus. Je ne sais même plus ce que çà veut dire.. Il ne fait plus partie, dorénavant, de mon langage. Aimer non plus, d’ailleurs. Trop fatigant, trop pesant. J’ai oublié que Michaël est au Kosovo. Je m’en fous, il n’a qu’à y rester. Je deviens rapidement indifférente à tout, ne ressens plus rien et ne sais plus quel sentiment j’éprouve réellement. J’ai mal et la seule chose dont j’ai réellement envie, c’est partir. Mourir…
Moi et mes 500 Kcal !
Au début du mois, je me suis fixé une limite de calories (500 kcal) à ne dépasser en aucun cas, sous peine de me torturer d’une manière ou d’une autre. Pourquoi 500 kcal ? Aucune raison particulière. A moins que j’aie remarqué que ma perte de poids était plus rapide, à ce rythme-là. 500, c’est beau comme chiffre. Il est rond et représente le ¼ d’une ration normale. Ce n’était pas 600 ou 700, mais 500, point final. Pas de discussion possible avec Miss Anorexie. C’est elle qui impose les règles, qui régit tout et qui me manipule depuis un certain temps. Si je franchis le seuil, je me sens mal au point de croire fermement que ma vie va s’effondrer et je me punis. Au mois de décembre, j’avais tenté à plusieurs reprises de me faire vomir, par tous les moyens auxquels je réfléchissais depuis un moment. J’avais commencé en mettant mon index et mon majeur au fond de ma gorge. J’ai pu toucher le point réflexe sans parvenir à me libérer du contenu de mon estomac. Puis j’ai essayé de boire de l’eau avec une quantité astronomique de sel. Je n’avais pas mis du sel dans de l’eau, mais plutôt l’inverse ! J’ai avalé mon verre d’un trait, le goût était affreux, mais ma motivation m’a permis de le descendre : vider mon estomac de toutes ces saloperies que je venais d’ingérer. Je n’ai pas réussi. Le soir même, je me suis enfilé une cuillère au fond de la bouche pour provoquer encore ces vomissements libérateurs. Encore une tentative ratée. J’ai pensé à ce moment-là, à un médecin ORL, qui, à chaque consultation, avait l’habitude de nous parler de cas bizarres qu’il avait dû traiter. Je me suis souvenu de cette jeune femme à laquelle il avait retiré une brosse à dents de la gorge. Je me souviens avoir ri de la situation et m’était moqué de cette femme. Comment pouvait-on avaler une brosse à dents ? Après m’être enfilé la cuillère au fond de la gorge, j’ai pensé à elle en réalisant qu’elle aussi avait peut-être des problèmes de nourriture et qu’elle avait essayé de se faire vomir à l’aide de sa brosse à dents. D’un coup, je ne trouvais plus la situation bizarre et n’avais plus aucune envie de rire, je comprenais mieux et me suis dit qu’elle souffrait aussi. J’ai laissé tombé la cuillère, en me regardant dans le miroir tout en me disant que j’étais en train de disjoncter. Après, j’ai appuyé ma main, violement, sur mon estomac, en espérant que la pression me libérerait de cette foutue nourriture qui refusait de ressortir. J’étais complètement obnubilée par tout ce qui rentrait dans mon corps et angoissée à l’idée que la nourriture ne puisse plus jamais en ressortir. La nourriture, tenue prisonnière à jamais par mon corps. L’image d’une telle horreur devenait de plus en plus obsessionnelle. Je m’acharnais sur ce corps qui refusait de rendre tout ce qui l’avait souillé, qui m’avait salie.
Je crois que ma phobie de vomir m’empêchait d’aller jusqu’au bout des vomissements. J’avais toujours une telle angoisse de vomir, qu’il était hors de question que je vomisse. Ma phobie semblait faire un barrage psychologique à mon besoin de vider le contenu de mon estomac. Si j’avais pu provoquer le vomissement après chaque gavage, je sais que la maladie aurait été encore plus accentuée. Depuis cette période, je n’ai plus jamais essayé de provoquer le vomissement, même si souvent cette pensée vient m’effleurer l’esprit quand j’ai trop mangé. Dans ces moments-là, je suis insupportable, bouge dans tous les sens, paniquée, comme si un poison avait été injecté dans mon organisme. Imaginer les aliments dans mon estomac, puis dans mes intestins est une catastrophe pour moi. J’ai de plus en plus de mal à accepter tout ce mouvement à travers mon corps. Je sais que c’est un des éléments qui fait que l’anorexie et la boulimie représente un combat. Lutter contre le besoin de se vider d’une façon ou d’une autre.
Rapide destruction
Je n’arrivais pas à me faire vomir. Pour combler cette « lacune », Miss Anorexie m’a donc imposé de trouver d’autres solutions quel qu’en soit le prix. L’objectif était que je ne prenne pas un gramme. Comme je n’allais plus en cours, je me suis fixé des heures pour courir. Mais on était en hiver et je n’avais pas envie de sortir et surtout ne voulais voir personne dans la rue. Alors je descendais à la cave, dans un coin pour que personne ne me voie depuis l’extérieur, surtout ne pas mettre de lumière. Je chaussais mes baskets et avec les écouteurs sur les oreilles, je courais en faisant du surplace. Je devais tenir 20 minutes. Arrivée à cette durée, j’étais sur le point de m’écrouler. Mes jambes ne me soutenaient plus, mon estomac se tordait dans tous les sens et je voyais des étoiles. Je recommençais au cours de la journée plusieurs fois. Je ne sais pas pourquoi, mais Miss Anorexie m’a fixé le temps que je devais passer à courir et à quelle fréquence. C’était réparti de façon à ce que je tienne le coup, tout en éliminant le peu que je mangeais. Très bonne calculatrice et manipulatrice, la petite voix au fond de moi, me prévenait qu’il fallait que je fasse 3 fois 20 mns le matin, pareil l’après-midi et encore la même chose le soir. Souvent, je regardais un film le soir, puis dès la fin, j’effectuais comme une automate les 20 mns de course. Si je ne le faisais pas, je me sentais mal. Sans volonté, faible. Je me serais écrouler au milieu de la cave, plutôt que de rater une séance de 20 mns. Une fois couchée, j’étais épuisée. Physiquement, je ne tenais plus le coup, mais malgré tout, absorbée par la petite voix qui me contraignait de continuer, je l’ai fait jusqu’à ce que j’atteigne les 40 Kgs.
Dans ma tête, psychologiquement, j’étais satisfaite. Je ne pensais plus à rien, tout me paraissait flou, comme anesthésié par ce moyen que j’avais trouvé inconsciemment pour oublier certains évènements et certains souvenirs qui revenaient régulièrement me hanter comme des fantômes. Ce vide immense que je ressentais au fond de moi semblait se remplir de toutes les pensées que j’avais sur mes petites prises de nourriture et de leur élimination. De cette façon, je me concentrais sur autre chose. Je pouvais, pour ainsi dire, me connecter sur quelque chose que j’arrivais enfin à contrôler : ma façon de manger. Etrangement, je me sentais forte d’y parvenir. Je pensais juste à mon poids. A ce corps que j’avais besoin d’éliminer, de nettoyer de toute cette nourriture qui me salissait. Plus rien n’avait d’importance. J’étais incapable de manger et d’arrêter de courir, obsédée par la disparition de ce corps douloureux, et droguée par ma course dans la cave. Je n’avais pas conscience de ce que je faisais. J’ai arrêté le jour où j’ai commencé à avoir mal à une cheville. Je faisais n’importe quoi, courais à n’en plus finir, puis une fois j’ai dû me tordre la cheville. J’avais tellement mal que je n’étais plus capable de continuer, mais je crois que s’il n’y avait pas eu ce souci-là, j’aurais continué à courir au-delà des mes forces qui pourtant m’abandonnaient petit à petit. Comme si j’avais eu une pile dans le corps, je ne supportais plus d’être immobile, c’était mauvais. Je risquais de m’engraisser, alors j’étais sans arrêt en mouvement. J’en ai fait voir de toutes les couleurs à ma famille, à qui je cachais encore mon problème, mais qui s’était rendu compte que quelque chose m’avait transformé, sans savoir ce que c’était. J’étais convaincue que ce n’était pas la peine que je les fasse souffrir et que ma propre souffrance d’être comme çà était largement suffisante.
J’étais absente depuis 2 semaines quand le lycée a téléphoné. J’ai su plus tard que c’était grâce à Sabrina. M.P avait dit : « Delphine est encore absente, elle va rater son BTS comme çà, je vais prévenir ses parents ». A la fin de l’heure, Sabrina a été le voir pour lui expliquer ce qui arrivait, mais qu’il ne devait surtout pas prévenir mes parents, étant donné qu’ils n’étaient pas au courant. Alors il en a parlé à l’administration et la personne chargée de la gestion des absences m’a téléphoné pour me demander si tout allait bien. Peut-être que je ne supportais plus de me sentir seule face à mon problème ou peut-être que j’en avais marre de le cacher, je lui ai dit que je n’arrivais plus à manger et elle m’a demandé d’avoir un entretien avec l’assistante sociale qui s’occupait aussi de ce genre de problème.
Le jour suivant, cette dernière m’a appelée pour me convaincre de prendre rendez-vous avec elle. J’ai accepté un rendez-vous pour le samedi, mais à contrecoeur. La crainte du jugement sûrement ou le besoin peut-être de conserver Miss Anorexie avec moi, malgré le mal qu’elle me faisait. Je ne suis pas encore capable de le dire actuellement. C’est tellement complexe ce qui se passe dans la tête d’une anorexique. Elle était gentille et je me suis sentie tout de suite à l’aise avec elle . J’ai parlé et écouté ce qu’elle m’a dit. A un moment, je lui ai dit que j’avais préféré ne rien dire, par peur de passer pour une folle. Elle m’a répondu alors, avec un air sincère qu’elle n’avait pas envie de me prendre pour une folle, qu’elle était consciente que je souffrais, et que quelqu’un qui souffre n’est pas à prendre pour un fou, mais qu’au contraire, il fallait tenir compte de son problème et faire son possible pour l’aider.
On a convenu que je resterais absente encore deux semaines, jusqu’à la rentrée des vacances de Carnaval, ce qui me permettrait peut-être de me sentir mieux et de remonter un peu la pente. En partant, je lui ai dit de remercier de ma part M.P et de lui préciser qu’il ne fallait surtout rien dire au reste de la classe. J’avais peur de me faire juger, je me protégeais de lui en qui j’avais pourtant confiance, puisque grâce à lui, on a essayé de m’aider ; et des autres étudiants qui pourtant auraient fait en sorte que je me sente mieux.
A la rentrée, j’appréhendais mon retour, car avec ma perte de poids importante, j’avais peur qu’on m’en fasse le reproche tout en me jugeant. M.P avait l’air gêné. Dès qu’il était rentré dans la salle, il avait regardé si j’étais là et m’observait discrètement, comme si je lui faisais peur. Il me surveillait en douce. Quand j’ai croisé son regard à un moment donné, je lui ai souri pour lui montrer que j’allais à peu près bien et que j’étais toujours la même Delphine qu’il avait connu avant qu’il sache que je ne mangeais plus. A la fin de l’heure, il m’a demandé si çà allait mieux et m’a dit qu’il fallait que je m’accroche. Il avait demandé à Johann de me photocopier les cours des 3 semaines que j’avais manquées. Il paraît que j’aurais dû les avoir pour pouvoir rattraper mon retard pendant les vacances mais l’administration ne me les a jamais fait parvenir et je les ai récupérés le jour de la rentrée. Je me suis retrouvée avec un gros tas de feuilles, réécrites directement par Johann ou photocopiées. Je n’ai jamais pu rattrapé ces cours. J’ai perdu pied et j’ai été incapable de remonter la pente.
J’ai cru que les profs me jugeaient et ne prenaient pas en compte mes difficultés, ce qui m’enfonçait davantage au lieu de m’aider et je m’isolais davantage. Mais je me suis trompée. Un jour, j’ai été parlé avec ma prof d’économie. Elle m’a dit qu’ils ne savaient pas comment faire pour m’aider, comment se comporter. Ils estimaient que c’était grave mais avaient peur de faire quelque chose de mal, n’étant pas formés pour ce genre de problèmes. Ils regardaient en début de cours si j’étais là et pendant le cours, si je tenais le coup. Je ne m’en étais pas rendue compte auparavant. Je m’en suis voulue, parce qu’au fond qu’auraient-ils pu faire de plus ? Rien. Ce n’était pas eux qui me jugeaient, mais moi.
J’avais des amis qui m’ont toujours aidée à remonter un peu la pente (je n’ai jamais oublié ce qu’avait fait Johann, Céline, Sabrina, Stéphanie et tous les autres desquels j’étais pourtant moins proches), mais jamais suffisamment pour me dire que, finalement, personne ne valait le coup que je me détruise comme je le faisais.
Perte de poids : stratégies et conséquences
Pendant les vacances de carnaval, comme je ne pouvais pas courir à la cave, il a fallu que je trouve une autre solution. Un jour, plus ou moins par hasard, j’ai découvert les laxatifs. Le soir-même, j’en faisais l’expérience. Quelques heures après avoir avalé ces petites pilules, on se vide. Pour quelqu’un qui ne comprendra pas, ce qui suit, je sais, est répugnant, révoltant et inconcevable. Mais je n’ai pas honte de le dire. Plus en tout cas, parce que tout çà fait partie de moi et de ce que la maladie me fait vivre. Quand je sentais mes intestins qui commençaient à se tordre, je me sentais bien dans ma tête, en savourant les minutes qui précédaient le vidage. J’allais aux toilettes une fois, puis mon ventre gargouillait à nouveau. Même satisfaction, même sentiment de libération. Plus de traces de nourriture dans l’intestin. Plus je me vidais, plus mon ventre était creux, inexistant. Un trou faisait office de viscères. Complètement nettoyée et purifiée. J’évacuais tout ce que j’avais manger et qui avait empoisonné mon corps. J’avais des douleurs terribles dans le ventre et alors ? Qu’est-ce que çà pouvait faire ? Tant que je ne devais pas sortir, je pouvais me vider, je m’en moquais. Les toilettes étaient accessibles à chaque instant. L’essentiel était, que le jour suivant, je puisse constater que mon poids avait diminué. C’était tout ce qui comptait. A la fin des vacances, ma stratégie, associée à des exercices physiques que je faisais, avait bien fonctionnée. Je me sentais plus légère avec encore 3 kgs en moins.
J’ai le sentiment d’un immense gâchis ! Elle m’a rattrapée. Elle m’a pris ceux que j’aimais, ceux qui m’aimait. Moi, physiquement et psychologiquement. Elle m’a eue. Elle m’a volé mon corps et ma tête. Elle a pris mon âme et ma personnalité. Puis progressivement, les qualités qu’on me reconnaissait, se sont transformées en défauts, et je me suis retrouvée avec une énorme pagaille dans la tête. Elle a voulu me piéger et elle y a réussi. Quelle saloperie cette anorexie !!!!... Pourtant, paradoxalement, je suis incapable de défaire les liens entre elle et moi…
Le matin, encore à moitié endormie, j’établissais déjà mon menu pour toute la journée. Je me fixais des heures et des aliments à manger à ces moments-là. Si un contretemps venait perturber mon planning, mon angoisse augmentait, surtout quand je dépassais la quantité d’aliments à laquelle Miss Anorexie m’avait donné droit. Voilà, par exemple, une de mes fameuse journée, planifiée, tant pour la nourriture que pour son élimination. A peine habillée, je descendais à la cave pour courir 20 mn. Je remontais, la tête emplie de petites étoiles qui sillonnaient mes yeux, complètement dans les nuages, ceci dû aux vertiges provoqués par ce que je venais « fièrement » d’accomplir. Puis je travaillais mes cours pendant une certaine durée, qui était elle aussi établie.
Je redescendais à la cave pour courir à nouveau 20 mn. Ensuite, vers 11H30, je mangeais
Début janvier, il s’était passé quelque chose qui m’avait entraîné vers le fond. Une sorte de déclic qui s’est transformé en cercle vicieux infernal. Depuis plusieurs semaines, je continuais à manger parce que je savais qu’il le fallait pour vivre. Mais je ne ressentais plus de plaisir, comme si mon corps était déjà autre part, en dehors de moi. Personne ne se rendait compte que j’allais mal et moi je ne disais rien comme d’habitude de ce qui se passait dans ma tête. J’avais mal moralement, mais qu’y avait-il à faire ? Je ne savais pas mettre de mots sur ma détresse invisible. Alors, pour commencer la nouvelle année, comme tout semblait se briser au plus profond de mon être, j’ai arrêté subitement de manger. Sans l’avoir décidé moi-même. Inconsciemment. Dans ma cerveau, quelque chose s’est passé sans que je comprenne ce qui arrivait. Très rapidement, j’ai senti un sentiment de bien-être, une paix que je n’avais pas ressentie depuis bien trop longtemps, Je me sentais enfin mieux. Comme si l’attention que je portais d’un coup à mon corps faisait s’envoler ce qui me gênait réellement. Pour une fois, j’ai pensé à moi et à ce que je voulais faire. Plus rien ni personne ne semblait compter. Tout ce qui m’importait était de me sentir bien dans mon corps et dans ma tête. J’ai alors commencé à surveiller ce que je mangeais, comme si c’était devenu vital pour moi d’avoir une chose à laquelle je pouvais me raccrocher. Je ne savais plus à quoi servait de manger. Pour qui, pour quoi ? Pas pour moi en tout cas, puisque je ne ressentais plus de plaisir. Manger était plutôt devenu une corvée, accompagnée d’une sensation étrange de manger pour mes proches et mon entourage. Uniquement pour n’inquiéter personne. Mais moi je souffrais et personne ne s’en rendait compte, alors à quoi bon tout çà ?. En ayant ce sentiment de manger pour les autres, j’avais aussi l’impression d’y laisser ma vie, de n’être plus qu’un objet entre les mains des autres. Alors j’ai essayé de trouver quelque chose qui me permettrait de me sentir bien. Manger me dérangeait, alors je me suis mise dans la tête qu’il fallait que je m’occupe de ces 2 kgs qu’il me semblait avoir en trop. J’étais persuadée qu’en retrouvant mon poids d’avant, je me sentirais sûrement mieux dans mon corps et surtout dans ma tête. Mais je sais maintenant que c’était une sorte d’excuse et que le vrai problème était que je ne pouvais plus manger normalement, à cause de toutes ces choses un peu floues que j’avais dans la tête. Mon cerveau commençait à me manipuler avec tous ces éléments qui s’étaient installés malgré moi. J’ai commencé progressivement à diminuer mes rations, bougeais plus et montais de plus en plus souvent sur la balance. Et le cauchemar a recommencé. Deux ans après m’être détruite pour la première fois. Voilà la date précise de ma seconde rechute. Le début du nouveau millénaire.
Obsessions alimentaires et rituels
C’est à cette période que j’ai commencé à avoir un comportement bizarre avec certains aliments. J’avais une façon particulière de manger les yaourts par exemple. Cette manie m’est d’ailleurs restée. Je mangeais des yaourts à 0% avec des fruits, ils me paraissaient rassurants. Ils me semblaient que les autres allaient me faire devenir énorme, au lieu de me faire perdre du poids. Je tournais ma cuillère dedans plusieurs fois, puis je la retirais et la secouais jusqu’à ce qu’il y’ait juste une fine pellicule de yaourt dessus et je m’accordais enfin le droit de la mettre dans ma bouche. Encore maintenant, je ne prends jamais de grandes cuillerées de yaourt, parce que pour moi çà représente quelque chose de malsain. Toujours une sorte de salissure qui descend au plus profond de mon organisme. Il me faut le temps d’imaginer le yaourt en train de descendre le long de l’œsophage, puis arriver dans l’estomac, en ayant d’ailleurs peur qu’il reste coincé quelque part dans ce fameux conduit que je déteste. J’ai la même manie avec la nourriture réduite en purée ou en soupe. Je la tourne dans mon bol ou mon assiette comme si j’hésitais à mettre cette foutue cuillère dans ma bouche. A un moment donné, je mangeais de minuscules morceaux d’aliments, je découpais tout en microscopique bout de nourriture. Des gros morceaux de nourriture m’effrayaient et m’effraient toujours. La voix de Miss Anorexie me disait que les gros bouts d’aliments étaient impropres. J’ai aussi eu une période où je mangeais tout mixé, jusqu’au moment où j’ai été dégoûtée par cette bouillie que je retrouvais dans mon assiette. Je me disais que tous les aliments que j’ingérais devenaient comme cette bouillie dans mon estomac et j’étais écoeurée de savoir les aliments sous cette forme dégoûtante. A l’heure actuelle, j’ai encore des difficultés à accepter ce fameux processus de digestion qui réduit en une bouillie monstrueuse tout ce que je mange. Dans mon assiette, toutes les catégories d’aliments sont séparées en petits tas et ne sont accompagnés d’aucune sauce. Il faut que tout soit net, une sauce me salirait encore davantage. J’ai la sensation qu’elle s’infiltrerait dans le moindre recoin de mes organes. Je ne supporte pas de mélanger la nourriture, même si je sais que tôt ou tard, une fois arrivés dans mon estomac, les aliments seront mélangés que je le veuille ou non. Malgré tout, en agissant de cette façon, j’ai la certitude d’être plus « propre ». Sinon, il me semble que les mélanges salissent mon corps et je ne le supporte pas.
Je regarde aussi la couleur et la consistance des aliments que j’ingère. Pour un même nombre de calories, je préfère manger 100g de pain sans rien d’autre, plutôt que de manger un peu de viande, des légumes et un féculent. En effet, je préfère me savoir avec une seule sorte d’aliments dans l’estomac, plutôt qu’avec trois. Ou alors manger des aliments différents, mais qui ont la même consistance et la même couleur. Je peux par exemple manger du pain et des pâtes ensemble, même si ce n’est pas équilibré, ils ont à peu près la même consistance et la même couleur. Ainsi, dans mon estomac et dans ces conditions, rien ne se mélange, puisque tout se ressemble plus ou moins. Rassurant, plus propre, plus admissible pour moi et pour tout ce qui se passe dans ma tête. Mieux pour Miss Anorexie…
Je sais à quel point c’est difficile d’assimiler de telles bizarrerie. Mais je le dis, dans le but de préciser que cela vient de la maladie et je veux surtout qu’on comprenne bien que ce ne sont pas des lubies. Ce sont des obsessions qui interviennent inconsciemment, comme si quelque chose dans ma tête dictait toutes ces choses-là, jusqu’au point de me retrouver complètement sous l’emprise de choses que je fais et que je ne comprends pas forcément moi-même. Je sais seulement que c’est difficile de se débarrasser de ces rituels et de ces manies. Quand j’ai l’estomac vide, je me sens bien, parce que je me sens pure. La nourriture fait disparaître ce sentiment là et vient entacher cette pureté qui me provoque une sensation de bien-être. Malgré tout, j’en souffre, mais ne peux pas arrêter. Je me sens toujours autant prisonnière et possédée par ce monstre et ce processus de « merde » que j’ai dans la tête. Miss Anorexie m’empoisonne la vie, me tue à sa façon à petit feu, tout en bouffant mon moral, sans que je puisse lui tordre le cou et lui hurler « stop, çà suffit maintenant, fous moi la paix une bonne fois pour toutes, j’en ai ras-le-bol, tu me casses les pieds ! ». Je suis incapable d’arrêter de me plier devant tout ce qu’elle s’acharne à vouloir m’enfoncer dans le crâne. Et cela me fait un mal atroce.
Je ne supporte plus d’entendre que c’est simple de manger, qu’il suffit de porter une fourchette à sa bouche en ne tenant pas compte de ce qu’on a dans la tête. Qu’il faut juste avoir de la volonté. Juste de la volonté… Je veux qu’on comprenne que ce n’est pas si simple, sinon nous ne serions pas tant de jeunes femmes à lutter contre cette maladie qui nous vole notre vie. Qui veut souffrir ? S’il suffisait de manger comme tout le monde, on le ferait, justement pour arrêter ce cataclysme qui s’abat sur nous et sur nos proches. Personne ne veut vivre en souffrant. Je me bats autour de moi, pour essayer de convaincre les gens, qu’on n’arrête pas de manger par volonté, ou pire, par plaisir. La nourriture est uniquement un moyen d’exprimer son mal-être. J’aurais pu être alcoolique ou toxicomane. Mon problème s’est porté sur la nourriture, mais je ne l’ai pas choisi. Je souffre, mais ce n’est pas non plus un choix.
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