UN CORPS DANS LA TOURMENTE

"Une jeune femme de 28 ans perdue entre l'anorexie et la boulimie qui aimerait retrouver ses yeux d'enfants pleins de vie"
ANNEE 2004 (AVRIL)
Hi hi !! Coucou c'est moi à 9 ans. Je me bats pour retrouver ce visage d'ange. Libre et heureuse, apaisée et insouciante. Je ne retrouverai pas cet âge là, mais j'ai espoir qu'un jour, je pourrai vivre en harmonie avec mon corps et ma tête
Entre doutes et espoir : premières conclusions
Vivre, simplement vivre ! Je rêve d’être libre, d’être bien dans ma tête et dans mon corps. J’en garde l’espoir et pourtant tout çà me semble encore inaccessible et, inévitablement, j’en arrive au découragement, parce que je sais au fond de moi que ma volonté d’y parvenir est loin de suffire. Quelque chose en vient à bout. La force de tels troubles est telle que le dicton « quand on veut, on peut » ne fonctionne pas vraiment à ce niveau-là. Quand je veux manger ou plutôt que j’arrive à me convaincre qu’il faut le faire, je peux le faire. C’est vrai que la volonté joue à ce moment-là, mais il ne faut pas oublier que derrière tout trouble du comportement alimentaire, se cache quelque chose de plus compliqué et c’est là que vouloir n’est plus pouvoir. Des choses plus complexes viennent se mettre entre moi et ma volonté de m’en sortir. J’ai entendu une fois un médecin dire à des parents que le fait de ne pas manger était un symptôme, que la maladie en elle-même était la façon dont se percevait leur fille dans la vie. Pour se soigner, il est nécessaire de reconstruire une partie de son identité, réparer ce qui a été cassé.
Je ne sais pas où me mèneront mes efforts, mais j’essaie de vaincre cette foutue maladie, pour faire au moins en sorte de mener une vie qui se rapproche de celle des jeunes de mon âge. Je me dis que tout le monde a ses problèmes. Ses propres souffrances intérieures et parfois j’arrive un peu à relativiser. J’ai au moins une famille qui me soutient, même s’il y’a eu des moments difficiles, elle m’aime et fait tout pour que je me sente mieux. D’autres n’ont pas cette chance. Je sais que, sans mes parents, mon frère et sa copine, je ne serais plus de ce monde. A chaque fois que je baisse les bras, je pense à eux. Ils continuent à être ma force. Ils continuent à rester plus forts que la maladie, les seuls qui sont capables de faire en sorte que la maladie s’éloigne de moi, car quand je pense à la mort, je me dis que, pour eux, je n’ai pas le droit d’arrêter le combat et de les abandonner.
On me dit qu’on m’apprécie, qu’on m’aime, que j’ai des qualités. Parfois, j’arrive alors à me convaincre que je ne suis pas aussi nulle que çà et que je suis tout de même capable de répandre un tout petit peu de bonheur autour de moi. Cette pensée traverse mon cerveau comme un éclair et je n’ai pas le temps de l’imprimer totalement dans ma tête. Et pour moi c’est dramatique, parce que je me rends compte que je ne sais pas qui je suis vraiment, ce que je vaux vraiment aux yeux des autres, je doute toujours de ce qu’on me dit de positif, contrairement au négatif dont mon cerveau s’imprègne immédiatement.
Ma sensibilité est devenue si forte que souvent j’ai l’impression d’être une éponge qui absorbe tout ce qui passe. Positif, négatif, je ramasse tout en passant même quand je ne suis pas concernée directement. Tout me touche, ce qui n’était plus le cas à un certain moment. J’étais tellement insensible à ce qui se passait autour de moi, que j’en ai eu peur, parce qu’il me semblait que je n’étais plus capable d’aimer. Moins j’étais capable de ressentir les émotions et les sentiments, plus je me sentais mal, me donnant l’impression de quelqu’un de froid, distant et insensible, alors que mon vrai caractère était autrement avant que j’aie ce problème. Hermétique à tout et tous. A ma souffrance et à celle des autres.
J’analyse chaque parole, chaque geste, quelque chose de mal dit peut se transformer en cataclysme. Un mécanisme terrible se met alors en marche dans ma tête et je dérive : sentiment de nullité, manque de confiance en moi, manque de respect et d’estime vis-à-vis de moi et de mon corps, rejet complet de ce que je suis, je ne suis rien d’ailleurs et n’ai aucune valeur. Et comment faire pour arrêter ce système de merde qui me fait souffrir ?? Je n’en sais toujours rien et c’est dramatique pour moi.
Le matin et le soir, je regarde la balance en me convaincant de ne pas monter dessus pour ne pas retomber dans le piège. Je lutte pour me persuader qu’il y’a autre chose à faire que de regarder deux chiffres s’afficher. Malgré tout, je reste obsédée par mon poids, par la maîtrise que j’ai sur mon corps, ma vie. J’essaie de me peser tous les deux ou trois jours, alors qu’en plein cœur de la maladie, je le faisais une douzaine de fois par jour. Certains jours, j’ai besoin de savoir si j’ai pris ou perdu du poids. Comme si c’était vital. Je cours presque dans la salle de bain et monte angoissée sur la balance. Aller contre l’anorexie, contre cette chose tenace dans ma tête qui me fait croire que manger est mauvais et que je suis énorme. Effacer ce que Miss anorexie me dit, faire la sourde oreille ou lui hurler intérieurement de se taire. C’est le plus difficile, parce qu’elle s’est installée dans ma tête comme si elle était chez elle et il faut toujours la convaincre d’en déménager ! Combat fatigant, lassant, acharné… Elle est si forte, que j’ai l’impression de ne pas faire le poids, c’est le cas de le dire, à côté d’elle. Souvent, dans les moments où elle est très présente, je me dis que d’une façon ou d’une autre, elle finira par m’avoir, alors à quoi bon lutter et y perdre mes forces ? Parfois, je suis tellement fatiguée de la combattre que j’ai envie de lui laisser toute la place. De stopper mes efforts pour manger et d’attendre les conséquences sans plus rien faire, en restant dans mon coin, seule et dépérir. Mais je n’en ai pas le droit. Alors, je travaille dès que j’en ai la possibilité, je fais des activités d’où je ressors frustrée, parce que je sens au fond de moi que je me force à les faire comme pour me maintenir en vie, malgré ce problème et je n’en retire aucun bienfait. Je survis, je ne vis pas encore.
Mes obsessions alimentaires me poursuivent, même si je « m’autorise » à manger plus et surtout ce que j’aime. Si je ne profite pas des aliments qui me donne envie, il ne me reste que cette contrainte que les autres appellent plaisir : manger.
Je n’ai pas confiance en moi et continue à penser que sans moi, tout irait mieux. Il n’y a pas de place pour moi ici. Comme dit la chanson « Le monde est stone » : j’ai la tête qui éclate, je voudrais seulement dormir, m’étendre sur l’asphalte et me laisser mourir – ne venez pas me secourir, venez plutôt m’abattre. Voici le contenu de mon cerveau.
Ma vie est en pointillés. Les petits moments de répit et de calme s’alternent avec les moments où quelque chose dans ma tête dérape, durant les périodes de crise où je pourrais me donner des coups à en crever. Ceux pendant lesquels il y a, soit restriction, soit gavage. Les périodes où je me sens mal. Seule, contre ces vieux démons, qui viennent me rappeler des souvenirs douloureux. Puis, les phases où je réalise que je joue avec ma vie.
Je ne m’autorise pas à vivre, ne suis pas épanouie, n’arrive toujours pas à aimer ce corps que je traîne comme un boulet. J’en ai tellement honte. Il est tellement douloureux, que certains jours, je frôle les murs pour qu’on ne voit pas ce corps qui est en trop. Pour qu’on ne me voit pas, moi, Delphine.
Que m’attend t-il ? Quel est mon avenir ? Que faire de plus pour me sortir des griffes de cette saloperie ? J’ai peur et souvent je ne crois plus en ma guérison. Tout ce qui se passe est tellement en dehors de ma volonté, au delà de ma conscience que j’ai peur que tout çà m’emporte un jour de nouveau vers le fond. Que cache l’inconscient, la face cachée de mes troubles, la véritable signification de ma maladie ? Je n’ai que des morceaux de ma vie susceptibles de m’avoir fait souffrir, mais y’a t-il autre chose derrière ? Je ne vois que d’un côté du miroir, mais que se cache t-il derrière ? Comme si j’étais spectatrice d’une pièce de théâtre. Je vois la scène, mais suis incapable de passer derrière le rideau. Pourtant, c’est là, qu’est la clé de la guérison. Dans l’inconscient, qui est hors d’atteinte chez moi, pour l’instant.
Je sais que la thérapie ne me fera sûrement jamais découvrir la raison qui m’a fait croire un jour, que je devais me priver de la vie et du droit de vivre sereinement. Le droit d’être bien. D’où me vient l’idée que si je n’existais pas, tout serait mieux ? Je me dis que l’anorexie et la boulimie n’ont pas de cause bien précise et unique, mais plutôt un ensemble de choses qui font qu’à un moment donné, on n’arrive plus à gérer notre vie et qu’inconsciemment il faut trouver autre chose qui donne l’impression erronée qu’on a encore un contrôle sur notre vie.
Il faut reconstruire les fondations, les bases de la vie. De MA vie.
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tu sais je pense que personne ne se connait vraiment tout à fait, il y a toujours un truc qu'on decouvre sur soi, quelque chose qui nous echappe.
POurquoi certaines personnes arrivent mieux à vivre que d'autres, malheureusement je n'ai pas de reponses.
mais laisse-moi te dire que oui tu as des qualités et que oui tu sais apporter du bonheur.Imagine rein qu'à travers un ecran, tu sais me redonner le sourire, alors en vrai tu dois un etre un veritable bouillon de soleil, un petit radiateur qui rechauffe les autres.Surtout ne doute plus jamais de ça.
Je suis persuadée que tu finiras par retrouver le sourire de tes 9 ans.
Coucou Delphine,
C'est vrai que la clé du mystère de la maladie est à l'intérieur de toi... moi, j'ai su avec le temps savoir pourquoi j'avais pris autant de poids et pourquoi...
Courage surtout, ta vie n'est pas facile, je le comprends mais tu es une battante et tu arriveras à guérir!!!
Bizzz...
moi aussi je me reconnai dans ce ke tu ecrit...
la chanson le monde est stone est veridique...
jte souhaite bon courage!!!! car je sai combien il en fau!
TOuChaNT RéCiT jE ViEnS d'AcHeVeR sA LeCtUrE !
T^y ArRiVeRa J'En SUiS à 30 AnS On AcCePtE MiEu SoN CoRpS !
CoUrAgE